Immobiles

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Autour de moi rien ne bougeant que la cavalcade des morts leur danse folle et leurs visages comme effacés gommés que voulaient-ils qu'attendaient-ils de moi les regardant dévisageant je n'en connaissais pas même pas la moitié la plupart morts bien avant moi bien avant que je naisse peut-être voulaient-ils juste se sentir encore un peu vivants au travers de moi leur donnant là parole et chairs et regards à nouveau les tirant là de ce grand rien où ils étaient tous entassés et attendant et frappant à nos portes mais nous n'osions souvent pas entrouvrir nos huis nos yeux de crainte qu'ils de crainte que mais quoi puisqu'ils nous avaient aimés vifs pourquoi cela changerait-il maintenant à présent qu'ils étaient quoi morts mais l'étaient-ils vraiment en tous les cas ils dansaient bien s'amusaient bien encore dans cette salle cette salle de bal où je marchais sans esquisser un seul geste où je marchais sans pas sans pas perdus en regardant je peux le dire là-bas au loin derrière les hautes fenêtres après la plage la mer la mer toujours recommencée.

Héritages de nos morts, de veilles et de jachères, de chants et de terres mortes, de bois et de futaies, de rien et puis de nous, nous las au bord de nous, patients et comme mourants, vagabonds de nous-mêmes, cheminots du silence, laboureurs des collines, et sans grades et sans mains, sans histoire non plus, sans visages non plus, sans corps plus que la pierre, sans os et sans douleurs, héritiers de nos morts, enfants à fausses figures, fientes d'entre les fientes,  notre attente nous honore, et notre quête aussi, que nous menons sans cesse, à rebours de vous, qui là sans nous croiser, nous regardent quand même.

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