Alors les morts débordèrent

Alors les morts débordèrent de toutes parts, résistèrent à la ville et à son dévorement, résistèrent à ce que nous tentions de faire sans ménagement, les pousser dans leurs derniers retranchements, les confiner à des aires que nous repérions de manière visible dans le peu d'espace qu'il restait entre les immeubles de verre et puis d'acier. Ils résistèrent et, nous opposant la masse molle de leurs corps détruits, ils remplirent nos cimetières, chaque centimètre carré de terre, des signes incontournables de leur présence - plaques de marbres, fleurs fânées et, par endroits, ce silence bruissant qui signait leur présence. Peu à peu ainsi, il s'avéra que nous devions nous défendre d'eux, entrer de manière frontale dans le combat que nous avions à mener contre eux, et nous ne trouvâmes que cette solution, celle de les expulser de la ville, d'aller les enterrer à présent au-delà des limites des remparts, loin, le plus loin possible de nous, en laissant entre eux et nous assez de distance pour que nous puissions continuer à construire le squelette de nos mégalopoles et, surtout (mais il ne fallait jamais parler de cela, ou seulement à basse voix, entre amis, entre très proches, à ces moments de la nuit où l'on peut tout se dire), surtout, pour qu'ils ne puissent plus nous menacer - nous n'avions pas compris que la menace était en nous.

Le texte tel qu'il s'écrit

Source : NY Times

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