Bauge

Nous marchions donc derrière l'un d'entre nous et nous tassions les uns contre les autres sous le vent dur déboulant depuis la trouée mince entre les arbres serrés là-bas à l'entrée du village, nous suivions la boîte noire vernie et je voyais tomber les uns après les autres tous ceux autour et ils marchaient pourtant encore et morts déjà faisaient toujours comme si de rien n'était, comme si déjà leurs corps n'avaient pas commencé à fondre, à s'écouler en gras suintements qui dégouttaient dessus le sol et nourrissaient notre terre-mère et lui donnaient ce goût amer qu'on retrouvait lorsque enfants on se vautrait tels animaux dedans des bauges de fortune que nous faisions dans les clairières, le silence mince des forêts.

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