Paupières

J'ai vu dans leurs lits hauts mourir des vieux cachés derrière des paupières lourdes que plus rien ne franchissait depuis longtemps, j'ai regardé depuis la porte leurs corps qui s'affaissaient et se creusaient, j'ai senti et les sens encore leurs haleines viciées qui retournaient le coeur que nous avions et eux mais plus du tout, j'ai tenu contre mon sein le sac d'os tremblants que devenaient les plus robustes, ceux dont les bras étaient avant des arbres, des sortes de barres de fer que rien ne pouvait rompre et qui maintenant ne se tenaient même plus assez pour s'en aller pisser debout et seuls contre les murs, j'ai écouté leurs souffles de forge et puis de vent et puis de brise et puis éteints, j'ai veillé tant qu'il m'arrive de ne plus dormir, j'ai fait tout ça et je suis là encore à peine griffé par le temps et sa rage de pacotille, ses cris d'enfant dans une colère que personne ne comprend et moi moins que les autres.

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