Histoire - le lendemain

Onglets principaux

(...) où nous allions nous vautrer dans la boue quand nous ne savions plus quoi faire comme bêtises ce jour le lendemain du jour où ces gens coulèrent puis cessèrent d'un coup de traverser ce bout du monde le nôtre sans que cela la fin de la file qu'ils faisaient ne fît beaucoup plus de bruit que celui qu'ils avaient fait toute la journée d'avant même si les derniers à passer étaient sans doute les plus épuisés et que la fatigue leur pesant autant que leurs sacs à dos leurs malles portées à deux certainement qu'ils marchaient plus lentement plus lourdement les souliers fatigués sont les plus lourds mais personne chez nous peut-être si les chiens les vaches mais tous les animaux se turent sinon personne n'était encore éveillé quand ceux-là les derniers passèrent et au matin plus rien le village s'ébroua dans ses bruits d'habitude entre lesquels il ne subsistait pas grand chose pour témoigner de cette marée que nous avions pourtant tous vu non pas grand chose à part quelques pauvres loques une valise défoncée des morceaux de ferraille de bois un panier vide une poupée grise tout ça tombé abandonné et resté là pour que nous nous dépêchions de ramasser ce que nous pouvions pour en tirer ce que nous pourrions en tirer quelques piécettes des billes une gloire peut-être une toute petite gloire dans nos vies nos histoires qui n'en avaient aucune nos quotidiens qui étaient très exactement les mêmes que ceux de ceux d'avant et que ces gens la file qu'ils faisaient avaient ouvert en deux le simple espace d'une journée derrière laquelle le temps le grand temps immobile dans sa fureur contenue et lâche se refermait maintenant comme la mer Rouge s'était refermée après Moïse du moins si l'on en croyait les histoires que nous contait le prêtre et dont nous n'avalions qu'à moitié les billevesées." data-share-imageurl="">

Qui continua le lendemain, ce jour qui vint juste après celui où ces gens commencèrent à couler le long de la rue-route commencèrent et puis finirent d'y passer comme l'eau dans le ruisseau mais elle ne cessant jamais d'aller sale et grise et grasse derrière les maisons basses celles du côté du creux de la vallée ce ruisseau puant (...) où nous allions nous vautrer dans la boue quand nous ne savions plus quoi faire comme bêtises ce jour le lendemain du jour où ces gens coulèrent puis cessèrent d'un coup de traverser ce bout du monde le nôtre sans que cela la fin de la file qu'ils faisaient ne fît beaucoup plus de bruit que celui qu'ils avaient fait toute la journée d'avant même si les derniers à passer étaient sans doute les plus épuisés et que la fatigue leur pesant autant que leurs sacs à dos leurs malles portées à deux certainement qu'ils marchaient plus lentement plus lourdement les souliers fatigués sont les plus lourds mais personne chez nous peut-être si les chiens les vaches mais tous les animaux se turent sinon personne n'était encore éveillé quand ceux-là les derniers passèrent et au matin plus rien le village s'ébroua dans ses bruits d'habitude entre lesquels il ne subsistait pas grand chose pour témoigner de cette marée que nous avions pourtant tous vu non pas grand chose à part quelques pauvres loques une valise défoncée des morceaux de ferraille de bois un panier vide une poupée grise tout ça tombé abandonné et resté là pour que nous nous dépêchions de ramasser ce que nous pouvions pour en tirer ce que nous pourrions en tirer quelques piécettes des billes une gloire peut-être une toute petite gloire dans nos vies nos histoires qui n'en avaient aucune nos quotidiens qui étaient très exactement les mêmes que ceux de ceux d'avant et que ces gens la file qu'ils faisaient avaient ouvert en deux le simple espace d'une journée derrière laquelle le temps le grand temps immobile dans sa fureur contenue et lâche se refermait maintenant comme la mer Rouge s'était refermée après Moïse du moins si l'on en croyait les histoires que nous contait le prêtre et dont nous n'avalions qu'à moitié les billevesées.

(traversant toute la vallée en son point le plus bas, le plus sombre, lui faisant au ventre une sorte de cicatrice apparaissant là dans ce coin que les champs enfonçaient en plein dans la partie du bois où le sol était toujours marécageux brumeux comme méphitique et où l'on s'imaginait aisément que passaient furtivement le soir des silhouettes dont personne n'aurait osé dire qui elles étaient et encore moins ce qu'elles étaient pour terminer, complètement de l'autre côté, par s'échapper en se glissant entre la minuscule ouverture plate que faisaient deux collines rases faisant un plateau où nous n'allions qu'ensemble en groupe tassés, un peu apeurés d'être sur des terres que nous ne connaissions pas vraiment parce que nous n'avions rien à y faire, pour pêcher sous couvert des haies d'épineux vautrées le long de l'eau grise mercure des poissons hideux que nous ne nous serions risqués pour rien au monde à manger, persuadés que nous étions qu'elles venaient, ces bêtes, des étangs de l'enfer d'où nous avions réussi par un miracle sans nom à les tirer sans nous faire remarquer du Diable dont personne ne doutait ici qu'il passait ses journées sous nos pieds sous nos champs sous les bois et chemins à tenter de nous faire chuter vers ses feux sans pardon)

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