Crash

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" Je suis mort le 27 mai 2087 à 22h34 GMT, à l'instant précis où mon support-avatar s'est crashé en mode non récupérable. La surprise n'en a pas été une pour moi puisque plusieurs alarmes systèmes s'étaient déclenchées les jours précédents mais j'ai tout de même éprouvé cette sensation particulière de sentir que je m'éteignais progressivement, que mes fonctions se dégradaient à toute vitesse, que le monde devenait soudain pour moi un kaléidoscope sans aucun sens. "

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Beau début évoquant la mort de Hal. Eblouissant recyclage de lieux communs. Au 6e épisode, j'attend la suite avec impatience...

Jacques - http://jardin-pierres.tambao.fr/

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" Mon temps est devenu une seule attente, je passe mes heures à parcourir toute ma mémoire, chaque morceau de moi, de crainte d'en oublier une part qui se serait dissoute dans la ronde effrénée des électrons, je vais dans des sensations et des souvenirs qui n'ont plus d'autre existence que celle que je leur donne en les arpentant, je ralentis ou accélère ce qui a été moi à mesure de ma volonté, j'ai l'absolu contrôle de tout mais maintenant ne suis plus rien que ce que j'ai été jusqu'au jour de ma mort, le 27 mai 2087 à 22h34 GMT, quelque part sur une stratoroute à la verticale d'une ville qui n'existe plus et dont tout le monde a oublié le nom de même que le mien, et même moi, et de même, moi. "

" Or donc depuis, plus rien ne bouge et ce qu'il est convenu d'appeler maintenant mon affaire a rejoint la longue cohorte des dossiers engloutis par l'immense maelström de la justice internationale avalant à chaque heure des masses de cas mais ne recrachant rien. Pour moi, sans corps et bien que toute l'humanité ou presque repose à présent sur des outils informatiques surpuissants, je ne peux faire grand-chose de plus que d'attendre : ma fortune, mes relations, mes avocats ne me servent plus à rien et surtout, maintenant que j'ai été réduit à quelques centimètres carrés de silicium, fût-il à ultra-haute densité, je n'existe plus vraiment dans l'esprit de ceux qui vivent dans le monde "réel", de l'autre côté, là où sans un corps, on est seulement un mort. "

" Mais un grain de sable vint se glisser dans ces rouages et bloqua tout. Et ce ne fut pas un grain de sable technologique. Quelque part derrière un bureau virtuel dans l'une de ces monstrueuses simulations d'openspace dans lesquelles s'entassaient des milliers d'avatars numériques de fonctionnaires payés à la tâche (brillante idée des années 30 qui permettait tout à la fois d'empêcher statutairement ces salariés de travailler par ailleurs, et de les rémunérer seulement quand nécessaire), un gratte-papier (on me passera l'expression) plus zélé que les autres décida que l'accident de mon support-avatar pouvait annoncer une série de problèmes similaires et que donc, principe d'ultra-précaution oblige, il importait de retrouver et de neutraliser le fournisseur des pièces défectueuses, ce qui s'annonçait aussi facile que d'attraper un boson avec un filet à papillons, mais ne s'avéra pas suffisant pour effrayer le bureaucrate, lequel déclencha de quelques appuis distraits sur ses écrans une procédure dont le premier effet fut de mettre en branle une armée d'avocats divers et concurrents payés par toutes les sociétés impliquées dans ce marché, et ce dans le seul but de les décharger de toute responsabilité. Le second effet de la décision absurde mais irrévocable du fonctionnaire fut d'interrompre tel que le processus à l'issue duquel je devais sortir de mon exil glacé et retrouver un corps ou quelque chose d'approchant : la justice, pour agir, avait besoin que rien ne bouge, et tout cessa de fait d'avancer. "

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