Murs

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(...) le cercueil raclant les murs puisqu'il avait été apporté dans la maison par la porte de la grange autrement plus large et prévue elle pour laisser passer les lourdes charrettes de foin de paille de regain non pas par l'ouverture classique que l'on voyait en bas des deux pans de planches mais par le trou béant qu'ouvraient les vanteaux au-dessus une fois qu'on défaisait les barres de fer derrière les maintenant fermés et assurant à l'ensemble sa tenue au vent et à la pluie au vent surtout qui pouvait bien quand ça lui prenait décorner les boeufs mais là ayant à sortir par la porte de devant la porte d'entrée celle du dimanche que personne n'empruntait sauf au nouvel An quand il s'agissait de porter les bons voeux il (le cercueil) s'avérait plus difficile à manier que prévu plus délicat à faire tourner et donc on entendait dans le silence que faisait la moitié du village assemblée devant la maison le grattement du bois verni à peine sec sur cette sorte de rape que faisait le crépi alors à la mode et qu'on posait sur la moitié basse du mur le haut étant laissé lissé et les deux parties étant séparées par une sorte de baguette qui marquait la délimitation entre ces deux textures sur lesquelles on laissait traîner ses doigts en jouant dans le couloir pas celui-là ce n'était pas chez nous là mais tous les couloirs de toutes les maisons étaient les mêmes et donc depuis le dehors tout le monde entendait exactement ce qui se jouait entre le bois et le mur d'autant que le bruit prenait toute l'ampleur qu'il voulait dans la caisse de résonance que constituait le couloir et que les porteurs concentrés sur la solennité du moment ne pouvaient pas se permettre d'user de leurs grosses voix pour commenter râler guider ceux de devant afin d'essayer de régler ce problème et que tout se passait donc dans une sorte de pantomime de gestes brusques retenus à peine et de jurons étouffés et de sanglots de la mère derrière qui regardait cette scène au bord de l'évanouissement et entendait comme nous maintenant dedans le corps qui bougeait malmené du fait des angles qu'il fallait faire prendre à l'encombrante boîte noire brillante...

(...) où à peine se discernaient encore traces de réclames publicités raisons sociales le tout se fondant maintenant dans les briques dessous rougeâtres mais presque plus dessus les poussières de la ville posant cette sorte de voile sale enveloppant de même les souvenirs qu'on emportait des lieux de leur respiration du halètement rectiligne des rues jusque loin presqu'au pied de l'horizon c'était derrière qu'on s'en allait...

... tout un conglomérat totalement illisible de bâtisses blanches métal hurlant depuis les toits partaient les volutes grasses de fumées sales même vu d'ici cela restait un écrasement entre les pans passant des hommes déjà pliés de leur fatigue le jour pourtant même pas né même pas là...

... se fissurant se retrouvant au sol d'une poussée de nos épaules avec eux s'effondrant les remparts finalement mous opposés aux vagues du temps par ceux d'avant et dont nous devenions les bras armés pioches masses burins dans la poussière rien ni personne et pas de mots par la fenêtre on distinguait une même route et sur celle-ci invisibles couches les vagabonds siècles des siècles...

(...) que de planches chutes fibreuses récupérées à la scierie en bas d'où montaient avant dès l'aube des stridences suraigües martèlements réguliers comme horloges et puis maintenant plus rien que le bruit d'un silence poussiéreux de temps à autre le plouf que faisaient d'énormes carpes élevées mais pourquoi donc dans un étang aux yeux boueux en essayant les grosses naïves d'attraper les moustiques...

... ce sentiment d'être taraudé dedans par des angoisses lentes à têtes chercheuses fouissant doucement creusant leurs galeries celles qui feraient qu'on finirait par s'effondrer mais quand c'était chaque semaine la même histoire le bâtiment levé visible de loin nous attendant...

... du garage recouvert et son toit d'un fruitier cerisier sur lequel (c'est le toit) on passait tout le jour se gavant et la nuit une course punition disait donc au matin le vieil oncle finissant par mourir comme cela disparu loin des yeux sa démarche claudicante souvenir d'un camp cette Russie où parqués prisonniers tous crevaient mais pas lui...

(...) rêvés...

... la nuit le jour se confondant dans une sorte de soupe les vivants les morts maintenant à même niveau dans une même réalité arrivés découverts la lente coulée du temps se réduisant aux petits riens qui étaient tout par les fenêtres hautes plus que nous un arbre toujours le même et derrière des collines déplumées tout l'hiver l'été lui n'était rien qu'une longue sieste ennuyeuse à se souvenir si ceux d'avant c'était pareil à regarder cette fissure sur le plafond toujours la même et mille visages dedans cachés et dans les mille plus un vivant et le sien même à hésiter quelqu'un entrait on ne savait qui...

... disparaissant sous la ruée avalé cru une débauche de chèvrefeuille dessous des ronces on ne passait pas on longeait là depuis la route seul le toit subodorant toute une histoire on continuait...

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