Supermarché

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Le supermarché donc toujours ouvert dans le présent mais à peine et dans lequel on ne trouve plus de rayon musique l'emplacement de jadis avec son sol de carrelage gris aujourd'hui occupé par les ampoules vibrant toujours d'une sorte de respiration dont on sait bien qu'elle est nôtre, qu'elle vient avec nous, qu'elle naît de ce qu'on apporte de souvenirs dans ces quelques mètres carrés où entassés juste à la suite des livres de poches thrillers eau de rose et autres collection verte et rose qui avaient été de nos premiers émois et qu'on ne regardait plus guère s'étalaient carrés des morceaux d'ailleurs dont on finissait toujours pas en sélectionner un devenant l'objectif des jours semaines à venir, le grand jeu et l'immense ruse (on le croyait vraiment) consistant à le dissimuler afin d'éviter que quelque autre ne l'achète avant que l'on ait réussi à réunir la somme nécessaire, il faudrait du temps, des efforts, des économies de petites pièces planquées entre deux paires de chaussettes, dans la zone sur la gauche dévolue au classique jazz chanson française jamais fréquentée que pour ça, y glisser discrètement les ébouriffés, les forcer entre Mozart et Bach à côtoyer quelque chef parfaitement coiffé immensément grandiloquent dans la pose prise pour l'objectif du photographe et puis s'en aller après un dernier regard jeté à l'ensemble pour bien mémoriser les lieux l'emplacement exact où était à présent enterré le trésor qu'on retrouverait sans peine et sans surprise par la suite : de mélomanes il n'y avait guère ou alors tant désargentés que rien ne bougeait jamais en ces lieux, et moi de rire sous cape pour l'heure à imaginer la cacophonie que faisait la rencontre entre les cordes cuivres vents et les guitares électriques planantes.

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