Sardinia (was Back USA)

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Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) zonant désespérés de voir s’approcher le moment où les cours reprendraient et avec la routine le scolaire lavage de cerveaux couche sur couche ton sur ton étouffant chaque jour passé chaque occasion ne s’étant pas présentée laissant de plus en plus amers jusqu’à ce qu’un soir béni le premier jour de notre vie pour dire les choses comme elles sont apparaisse tant attendu dans un crépuscule doré troué d’insectes noirs fous vibrants on se serait cru vraiment dans un film à la noix de ceux qu’on se farcissait dans le ciné de la ville d’à côté quand une fille daignait sortir avec nous c’était pas souvent et nous prêts à tout pour tenter notre chance avec elle on acceptait ça le rendez-vous parents sur pas de porte les recommandations alcool vitesse drogue et puis quoi encore les armes nucléaires alors que derrière c’était présent jamais évoqué ce à quoi on pensait tous à ce moment et puis aussi avant les négociations avec les nôtres de parents pour la voiture puis les quelques minutes de route parking file tickets popcorn salle noire et écran blanc niaises les images le frisson quand la main tentatives souvent le repoussement la claque parfois mais de toutes les manières jamais grand-chose d’autre on savait bien on s’habituait à rentrer comme cela bataille perdue ...

(...) apparaisse donc tant attendu sorte de Messie pour nous à défaut de croire en l’autre on croirait pour toujours en celui-là dans sa lumière telle occasion le voyageur de commerce looser un peu avec costume froissé grandes largeurs et petit prix mauvais goût garanti garé devant le motel au croisement le plus moche et de loin portes Ford toutes ouvertes celle de la chambre pareille en train de faire dedans on ne savait quoi on ne voyait pas depuis l’autre côté pisser peut-être après des miles entiers passés à se retenir essayant de penser à autre chose le chèque à venir le client à entourlouper la route de demain après le sommeil plomb bouchons enfoncés loin dans les oreilles pour ne pas entendre dans la piaule voisine le gars qui y ronflait aussi pareil et la piaule d’après pareil et puis pareil et puis pareil...

(...) alors coups d’oeil rapides voir alentours si quelqu’un mais personne l’heure pile où le monde se vidait dans son entier le moteur ronchonnant qu’est-ce qu’on foutait donc un dernier sursaut des cigales pour couvrir nos arrières les quatre portières fermées doucement ne pas faire de bruit le sélecteur vers marche arrière un recul lent rien dans la chambre il devait s’être endormi sur faïence puis encore Drive et tout laisser couler les quelques mètres sur le gravier poussière et sur la route enfin accélérer mais alors bien à fond puis filer droit dans ce coin-là pas un virage avant un bon moment ne pas penser ne rien penser ne pas se souvenir que nous étions à peine majeurs que derrière on laissait chambre fringues bouffe juste pieds dessous la table pour les copains pas de regrets ils étaient tous montés à bord la radio ânonnant les cours de la bourse nous s’en tapant un maximum cependant que dans le rétroviseur Sardinia, État de New York, États-Unis s’effaçait lentement mauvais rêve enfin lavé de l’aube même si c’était le soir...

(...) d’où la nuit juste après roulée sans arrêt la caisse fouillée de suite sur roues de son dedans et là trouvés (jeté de suite par la fenêtre) le PC du gaillard un autre costume (jeté) un peu de bière des chips bretzels etc. (pas jeté et la suite non plus) une enveloppe grosse très grosse surprise un vrai paquet de fric dans les 10 000 au moins nous gueulant tellement que ça a failli prendre fin dans le fossé celui qui conduisait en oubliant qu’il tenait le volant les billets n’en finissant plus de grossir dans nos mains nos têtes nos rêves devenant d’un coup réels réalisables le gars devait dealer ou quoi ou qu’est-ce peut-être juste qu’il venait de se faire payer liquide une très grosse commande va savoir on s’en fichait en vrai c’était comme dans les romans polars qu’on se passait mailait d’iPhones en iPad en tablettes en ebooks sauf que personne ne portait d’imper mou c’était plutôt tee-shirts le style de la maison 10 000 au moins verts de l’espoir du bitume là maintenant qui n’avait plus toute sa tête et nous non plus ce que les phares plein pot lorgnaient devant c’était une vie nouvelle...

(...) et personne ne dormant cette nuit-là la première pendant qu’on faisait relais au volant puisque s’éloigner le plus possible il nous fallait caressant tous en secret l’espoir que l’obscurité délaierait les temps de réaction des cops des feds de tout le tremblement comme du gars d’ailleurs sans doute enfin sorti de la salle de bains de sa piaule du motel là-bas dans le coin de nulle part toujours plus loin avec chaque seconde passée et qui à l’heure de maintenant ne devait plus avoir de cheveux à force de se les arracher pauvre de lui là sans doute à chercher trouver quoi dire au boss à sa nana aux cops à moins qu’il ne soit tombé raide mort le coeur tout écroulé d’effroi à découvrir ou plutôt pas sa voiture évaporée ça aurait été quand même embêtant ça qu’on se disait en échafaudant d’autres histoires d’autres encore et puis d’autres à ne plus en avoir de salive tout en forant gaillardement dans le ventre noir devant nous deux trous blancs suivis ensuite comme s’ils avaient été le panache d’on ne savait plus qui un vague souvenir d’avant...

(...) le monde entier glissant fondant fondu vu des fenêtres des portières dans une démence de mouvements d’insectes repoussés par le vent de branches d’herbes de bas-cotés d’animaux vus tapis et puis courants nous droits perçant ce grand mur noir encore et puis encore et puis encore plus rien dessus le ciel était lui noir aussi et dedans nous dans les moments où les rires cessant aussi par petites poches se levant l’immense peur noire de l’inconnu mais ça ne durant pas les 10 000 au moins dans l’enveloppe à ventre kraft portant toute une lumière soleil devenu énorme éclairant du dedans la voiture fonçant folle et puis nous visages souriants puis durcis soudain tant adultes par l’effet seul en fait d’une liberté dont nous poussions la porte avec nos épaules d’enfants...

(...) discutant maintenant après des heures passées à refaire le monde de fond en combles de choses triviales aussi le dormir le manger la question de cette voiture les cops qui ne tarderaient sans doute pas à savoir le vol l’enveloppe à se passer de poste en poste la plaque la description Ford grise conducteur(s) inconnu(s) réputé(s) dangereux il en fallait peu ici pour devenir l’ennemi public n°1 les vrais passant à la TV chaque soir mais personne pour leur courir derrière à part pour en tirer des autographes vendus à peine plus tard sur ebay la plaque on pourrait la changer facilement dans quelque garage pourri miteux il s’en présenterait dans le moindre village quelques billets aidant à ce que personne ne se souvienne de nous pour le modèle couleur marque on se fondrait quand même dans la masse genre incognito grave entre les trucks pickups bagnoles de ce pays nous n’étions rien qu’une particule grise de plus restait la possible trahison d’un électronique mouchard il s’en faisait de plus en plus collés dans les autos pour tout tracer en cas de vol on y était...

(...) l’idée alors naturelle d’aller voir sur le net où donc c’était planqué comment ça s’enlevait neutralisait et l’aube venue s’arrêtant près du premier mac do venu wifi gratuit illimité on en avait pour notre argent quelques burgers et assez de café pour ne plus jamais s’endormir vite trouvée la page depuis nos smartphones expliquant tout long large travers un truc d’enfant à se demander quand même à quoi ça pouvait bien servir de poser ça dans les bagnoles le petit boitier arraché quelques kilomètres plus loin après la pause un coin tranquille près d’un bois l’un glissant dessous la caisse se faufilant lampe d’une main portable pour le plan la photo de où de l’autre aussitôt dit aussitôt fait le soleil n’ayant pas terminé de sortir de son lit que nous devenus incognito et plus encore presque invisible sur les grandes terres l’espace qu’on voyait devant et dedans nos yeux étalé plus qu’on ne saurait dire, immense au moins, à la taille juste exacte de nos rêves...

(...) redémarrant sur chapeaux de roues maintenant on va à Chicago sans bien savoir pourquoi pour le comment c’était rouler pour le pourquoi peut-être l’envie de croiser Al Capone son ombre blanche sur les pavés qu’on voulait noirs de sang séché l’envie d’aller au nord et le nord pour nous c’était droit Chicago on verrait bien envie de voir le lac voir de grandes eaux puisqu’à Sardinia, État de New York, États-Unis, n’étaient que des ruisseaux et deux ou trois étangs planqués derrière leurs arbres trop verts et que Chicago, Illinois, États-Unis, claquait quand même bien dessous la langue avec son goût salé poivré d’aventures nous manquant tant depuis toujours entre les murs quatre blancs griffonnés grave de nos chambres juste dessous les toits plats des maisons alignées impeccablement dans le soir pelouses pareilles arroseurs idem rien ne dépassant fenêtres ouvertes qu’on roulait pour respirer l’air du matin changeant tant que nos têtes en tournaient ivres presque...

(...) ce qui dura plusieurs jours autant le dire Chicago n’étant pas réellement la porte à côté ni celle d’après et que mine de rien le faisant on s’apercevait que c’était un bon morceau des USA qu’on s’apprêtait à traverser croquer comme ça pour le plaisir parfum de la route neuve le bruit des trucks fous chromés nickel hautains quasi nous dépassant à fond sur les highways tellement droites qu’on n’en croyait même pas nos yeux quand on les voyait s’évaporer devant au loin dans l’espèce de brume de la distance pourtant on nous l’avait assez dit rabâché en cours au collège cette terre immense qui était la nôtre enfin quasi la nôtre le prof ne parlait pas souvent des Indiens massacrés évitant le sujet répondant à côté apparemment ça n’avait pas suffit pour qu’on comprenne assimile ce que c’était que d’aller toujours droit des heures durant avec seulement changeant les rares nuages peints tagués là-haut sur le bleu lisse du ciel retrouvés exactement pareils quand sombrant dans un sommeil sans rêve ni fond on se réveillait des heures après sursaut ne sachant plus où l’on était aucun de toute manière dans la caisse roulant sans mot dire chuintante seulement elle s’en fichant comme de sa première paire de pneus de notre chemin envie d’aller à Chicago les caisses n’ont manifestement nul état d’âme...

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