Sardinia (was Back USA)

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Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) nos seuls arrêts étant d’aires de stations d’essence motels dont on ne savait pas encore qu’on allait en bouffer tant et tant qu’on ne pourrait plus mais c’est la suite la fin de l’histoire je la connais pas vous pas encore alors patience nous de la patience on en a eu tout du long nos culs visés dans les sièges confortables mais quand même de la Ford peu à peu devenant une amie un peu la famille la vraie celle choisie parce que l’autre restée à Sardinia, État de New York, États-Unis, on l’a oublié sitôt qu’on a commencé à croquer dans la grande tarte de l’horizon déroulant devant nous son demi-cercle toujours parfait à se demander comment le pâtissier faisait mais bon la question ne nous tracassait pas trop pas longtemps pendant qu’on cherchait la meilleure route vers le Nord celle qui ferait équilibre entre rapidité et discrétion s’agissait quand même de pas aller se jeter dans les pattes des cops s’ils nous cherchaient ou plutôt la bagnole on feuilletait des USA Today récupérés à droite à gauche pour voir si notre disparition était signalée mais rien nada c’était soulagement de ne pas trouver nos trognes étalées à la une comme une pâte trop molle...

(...) parce que ça aurait quand même compliqué légèrement j’euphémise le truc de se découvrir poursuivi par les cops feds machins alors que là pendant plusieurs jours nuits ça a été du beurre vers le Nord Chicago et rapidement une sorte de routine d’endroits tous identiques tellement qu’on ne savait plus où on était sinon sur la route ceci nous suffisant et de même aux trois gars un prof un photographe un je ne me souviens plus un peu bizarres des français cela expliquant pas mal de choses qu’on a rencontré où déjà motel aire fast-food peu importe avec qui on a discuté  qui se faisaient un morceau des USA grand comme une pizza XXL quatre fromages bien cuite croquante sur les bords ne s’imaginant sans doute pas les frenchies qu’on était des fuyards et peut-être dangereux dans la tête des cops ici tu deviens vite dangereux ça nous plaisait de nous sentir enfin vivants...

(...) mais eux les trois venus de l’autre côté des grandes eaux vite oubliés laissés derrière à leur rêve d’Amérique pas vraiment le nôtre pas le temps le poids d’oublier le nôtre pas le temps de bavasser avec tous ceux qu’on croisait cet autre par exemple un motel cette fois-là je suis pleine mémoire son pickup gros blanc Ford aussi plein chargé à mort le plateau tout pareil désordre du fatras de sa vie et lui vivant là dans sa piaule standard quelques mètres carrés frigo TV micro-ondes bureau et donc deux lits trop grands pour le mec tout sec qu’il était disant être ainsi comme ça plus proche de son business tu parles son vrai business c’était le merdier dans sa vie ça se voyait de suite au marécage de ses yeux noirs quand il parlait la bière n’aidant pas réellement il s’appelait Jim ou John ou on s’en fiche maintenant il est derrière...

(...) balayé par un matin dessinée gravée sur le soleil sortant du loin du lac presque mélancolique elle irréelle scintillante suspendue là une sorte d’immense libellule métallique et de verre rêvée réelle pourtant on le savait on la reconnaissait on l’avait vue avant  sur nos écrans browsers livres d’histoire-géographie mais là en vrai elle vraiment autre vraiment maintenant entière vivante tellement qu’il me souvient d’avoir pensé à la bête dans Alien la reine va comprendre pourquoi se levant donc ébouriffée dans le levant la ligne skyline de Chicago elle tellement incroyable sexy qu’on a failli s’arrêter sur le bas-coté avant de réaliser que c’était le meilleur moyen d’attirer l’attention les cops et donc continuant laissant venir à nous cette espèce de fantasme qu’on portait tous depuis toujours d’une ville plus haute grande belle que tout ce qu’on avait connu jusque-là qui vrai n’avait pas été grand-chose mais disparaissait d’un coup dans le gouffre trou noir brillant de la ville nous regardant droit dans les yeux ne cillant pas une seconde avalant apparemment toutes les voitures autour de nous maintenant sur la highway de plus en plus large elles nombreuses fonçant toutes dans la même direction la nôtre exactement vers ce mirage dont le plus excitant était qu’il était vrai entièrement totalement...

(...) et le bitume nous emmenant au droit vers cette chose bouche ville grande ouverte pour nous avaler nous avalant gobant d’un coup sans que rien vraiment ne marque finalement la limite entre l’avant le maintenant la terre la ville la skyline disparaissant d’un coup au moment précis où passant sous un pont ou un autre quelque part dans l’un des entrelacs rubans de route faisant sur l’écran du GPS embarqué des noeuds illisibles incompréhensibles on se disait qu’on y était disparaissant comme si elle avait été juste une illusion l’image de fin d’un film de science-fiction effacée d’un rideau nous alors errant d’avenues en avenues larges comme des tranches de pain et vides presque toutes pourtant c’était ce moment des robots humains entrant dans leurs bureaux sortant des bouches de métro de leurs autos par centaines de milliers mais rien la ville avalait tout ce ventre immense où nous étions aussi maintenant flottants garés enfin sur une sorte de friche au-dessus passait bruyant brinquebalant sur sa structure ses étais sortis du passé un métro gris et coloré tagué de bout en bout toutes les couleurs et nous dessous les yeux levés ...

(...) à le regarder passer à se dire qu’on était entré tombé dans un film sans vraiment nous en apercevoir qu’on s’était ensemble tous endormis sur les fauteuils rouges disons plutôt maintenant gris du cinéma d’à côté de Sardinia donc et que là ce qu’on voyait c’était le même rêve la même ville fantasmée le même métro tellement bruyant qu’il n’y avait plus que son ahanement métal sur tout le parking quartier terminant enfin s’éloignant en grinçant tournant entre deux buildings repeints de leur suie grasse charbon s’éloignant en traînant son bruit d’enfer dessus revenant le grommellement circulation toute la ville soufflant clims à fond freins klaxons bruits des pas des millions d’humains invisibles mais pas silencieux semelles mais pas de vent claquement des vies sur les trottoirs et nous maintenant avec à marcher au hasard à tourner quart de tour à droite à gauche à respirer l’haleine de la cité elle nous soufflant nous remuant jusqu’aux tréfonds des bronches pendant qu’on se glissait sous les jupes dentelles de ses immeubles haut plus que nous haut plus que tout ce qu’on imaginait à avoir le tournis jusqu’à la fin toute fin de toutes les vies...

(...) comme ça toute la journée marchant pèlerins à y laisser le dessous de nos pieds collés sur le bitume pas celui de la route celui plus gras de la ville haute et tant bruyante que personne n’avait jamais eu ça dans ses oreilles à Sardinia, État de New York, États-Unis, ou alors c’est qu’il rêvait debout au bord du monde sans bruit ou presque de la petite ville de ses trois rues ou quatre se croisant et rien autour pas grand-chose d’autre tandis que là c’était toujours partout une incessante bombe de sons tombant de tous côtés bombardement je dis camions voitures sirènes métros rires portes courses vélos rien si l’on isolait chacun seul mais ensemble ce roulement ce tonnerre incroyable on se regardait sans parler c’était une sorte de cri...

(...) arrivant au lac sur ses lèvres qui était lui une mer au moins tant grande qu’on voyait bien qu’on ne voyait rien en face et rien sur les côtés non plus sinon au loin des bateaux gros même distants glissaient devant jets skis nageurs plages enfants nus hurlants dedans l’eau froide on savait bien que ce n’était pas l’océan on y croyait pourtant et puis avant les tours toutes plus belles les unes que les autres une armée droite nue toute brillante montant sa garde nonchalante sous le vent fou là-dedans violemment se jetant tranquillement tranchant nous arrachant quasi les dents jouant avec nous petits fétus perdus bien loin de leurs maisons on s’en foutait debout dans Chicago à ses pieds nus poussiéreux épuisés mais pas encore lassés ça viendrait...

(...) on a traîné quelques jours prenant juste pour la boucle pour rire le métro aérien à chaque virage donnant l’impression qu’il allait tomber écraser la foule dessous qu’on voyait déambuler entre les traverses noires frottées de temps crachats fumées sangs peut-être on aurait voulu on rêvait tout marchant dans tous les sens possibles restant des heures assis sur les bords de la rivière passant dedans la ville regardant du dessus les bateaux du dessous emplis de touristes béats sardines serrées et nous de rire les enviant en fait peut-être le soir tombant comme ivre le soleil allumant de sa loupe nos vertiges d’aciers de verres de riens et puis on se rentrait métro encore mais cette fois pas un motel mais un truc hôtel chicos trouvé par le hasard tout proche de l’aéroport et dans l’immense chambre qu’on avait pris payée liquide la fille de réception ne bronchant on faisait vrai faut croire assis devant les fenêtres on regardait les avions arriver l’hôtel manifestement pile dans leur alignement avec la piste de là où on dormait on voyait leurs ventres argent écrire d’illisibles messages sur le ciel bleu noir de nuit...

(...) puis le Nord la ville ont lassé on entendait le bitume appelant de l’autre côté des vitres immenses pans tout entiers de mur on entendait le murmure qu’il faisait sous les roues des milliers millions de voitures passant sur la higway toute proche on entendait ce chuchotement qui parlait d’horizons des pionniers ceux d’avant de cette liberté au goût de goudron chaud de vent à ras des herbes courtes et sèches sur lesquelles personne ne marchait que des ombres perdues on entendait cette fois le Sud qui ronchonnait de ce qu’on le laissait seul dans sa moiteur molle et languide on entendait tout ça dessous le bruit de la ville haute alors on est parti dans l’autre sens cette fois encore tout droit mais vers le bas le bas des cartes et quand on a quitté l’hôtel chicos on a quand même chourré deux ou trois trucs histoire de dire histoire de rire...

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