Sardinia (was Back USA)

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Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) démarrant ensuite comme les furieux qu’on voulait être nous glissant dans les entrelacs du ruban gris noués comme ces machins compliqués autour des cadeaux qu’on voyait dans les vitrines vers noël passant entre les voitures autres allant on ne saurait où ils ne savaient où ceux au volant qu’on ne voyait qu’une seconde juste le temps qu’ils nous dépassent qu’on les dépasse roulant longtemps dans ce qu’on devinait de banlieues basses vues un peu du dessus depuis les highways surplombant toutes ces vies alignées bien rangées en apparence au moins perpendiculaires les unes aux autres avec encore toutes ces voitures devant posées il était tôt la ville mâchait sa propre haleine s’étendant tant qu’on a bien pensé ne jamais sortir de Chicago jusqu’à ce que d’un coup encore plus rien des arbres des arbres des arbres et la trouée devant d’où on allait tout droit au Sud juste pour voir si on y était...

(...) avec cette fois ce qu’on se souvenait des cours de géo des miles qu’on savait être entre là-haut et en bas sur la carte ça faisait un morceau de terre quand même on s’imaginait roulant sur la mappemonde en Ford peut-être qu’on pouvait nous voir de l’espace peut-être que quelque part quelqu’un nous suivait du regard du miroir de ses six paires d’yeux Passe-moi donc le volant a grommelé Joshua pendant que j’évoquais cette hypothèse et puis plus rien pendant des heures derrière on ne voyait plus la reine l’Alien la skyline Chicago c’était comme au matin un souvenir de rêve embrumé juste assez pour ne pas être certain que ça avait été tout ce jour-là dans l’habitacle presque aucun bruit que les voix musiques dans l’autoradio pareilles tout le temps partout on pensait à Sardinia, État de New York, États-Unis, ou bien peut-être pas mais c’était là d’où on venait collé à nos semelles de temps en temps sur le bord de la route profilée y’avait une voiture de patrouille sagement garée en la croisant on serrait tous les fesses mais jamais rien pas un mouvement seulement se découpant la silhouette du cops dedans son chapeau sur la tête c’était si ça se trouve juste du carton posé assis pour faire comme si pour nous faire peur à tous nous croisant vedettes sur une mer de bitume...

(...) faisant port sur la ribambelle des zones nulle part des paquets de nulle part de stations fast-foods motels routes parkings lumières jaunes blanches oranges rouges tout exactement identique à la veille la différence la seule étant ce qu’on se mettait dans l’estomac et parfois posés là comme tombés du ciel des endroits totalement bizarres ce diner dans lequel on s’est dit qu’il n’avait pas bougé depuis les années cinquante que les filles derrière le comptoir en train de faire baigner les oeufs les patates la viande le tout en vrac étaient les mêmes depuis un wagon d’années les gars de l’autre côté fermiers truckers les mêmes aussi les tables les chaises la graisse sur les grilles d'aération pareils tous tournant dans un temps exactement immobile ne voyant rien du monde courant autour se retrouvant tous les soirs de chaque côté du formica qui était comme un mur impossible à franchir à parler de tout de rien du boulot des enfants de la météo...

(...) les filles faisant tomber devant les gars venues d’un ciel miséricordieux des assiettes plus larges que piscines plus pleines aussi qu’ils engloutissaient sans moufter enlever leurs casquettes de base-ball alors que nous à peine arrivés à la moitié sentions nos dents du fond baignant aucun de nous ne trouvant le sommeil la nuit sauf Joshua ronflant à décrocher la TV sur son mur allumée diffusant sans le son des trucs incroyablement cons dont on ne comprenait rien colorés tellement que du dehors passant les rideaux occultant ça devait faire sur le capot gris souris de la Ford garée devant sagement des reflets électriques un orage silencieux sous la couverture de l’obscure nuit immense des USA maintenant à moitié endormis à l’exception de nous digérant à grand peine

(...) disant une fin de matinée après-midi les miles s’alignant comme des dominos depuis l’aube tiens tournons-là sortant de la highway nous enfonçant dans la plaine sage sur des petites routes se ressemblant toutes ressemblant toutes aussi à celle du comté de Sardinia, État de New York, États-Unis, au point qu’on aurait presque pensé être en train de retourner chez nous home sweet home mais non plutôt mourir qu’on se disait pendant qu’on plongeait de plus en plus loin dans le rien du vert endormi sous le soleil jusqu’à atteindre une ville petite sage elle aussi avec devant ses églises partout toutes les voitures et dans les rues personne jusque Main Street où par hasard garées sur la place large c’était le jour du grand chambardement de la petite ville sur la place large des centaines de voitures chromées immaculées briquées customisées rassemblement d’anciennes caisses venues d’un passé fantasmé par leurs proprios assis gros adipeux voire consanguins derrière à l’ombre des arbres sur leurs chaises de campings nous regardant d’un oeil soupçonneux repérant tous de suite qu’on ne venait pas d’ici et les filles les premières

lecture : Brigitte Celerier

(...) c’était on connaissait l’évènement de l’année on avait même chose à Sardinia, État de New York, États-Unis sauf que chez nous enfin ce qui avait été notre chez nous c’était la foire à la citrouille qui bousculait la ville c’est dire le truc haussements d’épaules errant entre les capots ouverts larges exhibant tout sans pudeur cet étal brillant faisant penser à quoi une fille qui aurait soulevé sa jupe un soldat mort les tripes à l’air sur un quelconque champ de bataille les reflets faisant à force mal aux yeux le bruit saoulant des sound-machines poussées à fond pour bien montrer que ça crachait la sono hors de prix payée à crédit associée aux patates dans l’assiette ce grand n’importe quoi dont on ne trouvait plus la sortie dans ces rues mortes malgré l’animation la vie chromée y coulant mais pour un jour seulement un jour

(...) le reste de l’année certainement ressemblant à un enterrement n’en finissant pas s’étirant chenille morte ou presque le long des rues Main Street 1St Street Bourbon Street 2nd Street Jefferson Street etc. etc. des streets à n’en plus finir des arbres des maisons des pelouses des voitures des vélos abandonnés personne nulle part même pas derrière les fenêtres closes même pas derrière les moustiquaires crevées des maisons vides abandonnées depuis la crise avec leur panneau à vendre de ginguois mais bien moins qu’elles dont les ventres crevés finissaient par être avalés par les herbes et le temps et la pluie en même temps que le quartier se vidait de tout sauf des errants autre sorte de voisins allant de ville en ville chercher ils ne savaient plus quoi autre chose qu’eux-mêmes...

(...) repartant de la ville aux voitures en mâchant une sorte de pâte goût amer imaginaire ressemblant à du caoutchouc brûlé maussade ce goût qu’avaient les journées qu’on connaissait par coeur d’avant de la vie juste avant à Sardinia, État de New York, États-Unis qui semblait donc ne pas que être là-bas où nous n’étions plus ne voulions plus être roulant maintenant un peu vite un peu trop vite fuyant fuyards repérant trop tard la voiture du cops garée juste à côté d’un silo chromé dressé là comme on ne pouvait pas dire quoi sans être vulgaire même si Joshua le disait et nous aussi passant devant la caisse donc blanche noire gyrophares sur le toit mais éteints et le restant et ce jusqu’à ce qu’on ralentisse et disparaisse et même là rien n’arrivant pas de barrage plus loin pas de sirènes le cops dormait nous dirait Joshua plus tard beaucoup plus tard quand il y aurait assez de miles entre nous et le silo pour qu’on cesse de flipper...

(...) continuant de descendre plein Sud visant la Nouvelle-Orléans les bayous dont il avait été question dans on ne savait plus quel cours qu’on voyait aussi à la TV plein écran full HD large comme le mur du salon images d’une qualité inégalée 3D même tout le toutim le top de la technique ça valait une fortune on le valait bien à défaut d’autre chose dans des séries aussi glauques que l’eau des marais les alligators nous imaginant jusqu’aux genoux enfoncés là-dedans essayant d’échapper à des meutes lancées à notre poursuite soudainement nous étions noirs évadés des plantations suants épuisés de fatigue et la peur manquait nous faire nous pisser dessus quand on entendait les chiens derrière pataugeant la route elle toujours pareille grise jaune la bande et verte aux bords ponctuations de panneaux les exit food gaz lodging des oasis où passer des nuits de plus en plus sereines...

(...) pensant au Mississippi qu’on voulait voir de près l’imaginant large puissant majestueux coulant dans son mystère éternel qu’on sentait comme quelque chose d’une image du temps qui aurait été un truc sale boueux noir bousculant tout sans prendre attention une seconde à ce qu’il écrasait avalait sans plus de précaution que si ça avait été une cacahouète qu’on s’enfourne d’un geste de la main le poignet à peine cassé et hop dans le gosier on en avalait à la pelle dans la caisse sur les lits motels dans ces boîtes à burgers qu’on avait trouvées avec les sacs ouverts grands comme à peine débarqués des bateaux des docks les cacahouètes dedans et le fleuve lui faisant de même hop dedans le gosier dans son piétinement lourd de boeuf buffle allant droit devant droit où il voulait le roi va où il veut le roi vient quand il veut...

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