Sardinia (was Back USA)

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Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) tournant au hasard sortant des higways plongeant dans le rien des USA découvrant des villes de plus en plus petites des villages des hameaux personne n’utilisant jamais ces termes-là des fermes suivant les routes dont on pensait qu’elles allaient vers le grand fleuve carnassier tombant sur des baraques à moitié effondrées d’où sortaient de grands blacks rigolards nous indiquant par là par là mais à pieds et gaffe aux serpents on regardait leurs orteils pointant comme une tête au travers des trous de leurs chaussettes laissant la caisse au bord du chemin telle bête morte montant escaladant des sortes de collines avant de voir que ça devait être des digues naturelles construites tenant lieu de protection pour la vallée se disant tu parles que ça arrêterait le fleuve des clous replongeant de l’autre côté en traversant des troupeaux de vaches dont n’importe laquelle nous aurait crevé le ventre d’un seul unique coup de cornes et sans remord les contournant faisant farauds mais dans le fond on était trouilles ...

(...) nous perdant quelques heures après dans les banlieues avenues rocades morceaux de highways allant partout et nulle part tournant nous garant là de guerre lasse dans un quartier qui aurait été partout c'était même chose demandant à des filles infirmières partant pour le boulot elles verraient la mort passer tout le jour où aller si à pieds c'était proche elles en rires nous prenant sans doute pour des fous de paysans venus de Sardinia, État de New York, États-Unis, dans la Ford grise roulant à nouveau la ville semblait abandonnée pourtant Memphis ça nous paraissait valoir mieux que cela les bâtisses alignées grises noires leurs vitres cassées ou pas mais vides derrière les murs on aurait dit la fin du monde des silhouettes de temps en temps couraient de porches en porches trouvant quand même une sorte de centre parking cherchant les sources du rock les clubs les gens disant par là par là la rue est là quand la trouvant on a trouvé une rue morte un grand décor et dans le jour éteintes glauques les grandes enseignes tristes à mourir blues rock et bière les cops tenaient de chaque côté barrières fermées no guns allowed on a traîné juste quelques minutes sur les pavés gras de vomi ça suffirait le rock est mort...

(...) passant des marigots sautant d’un morceau de terre émergé à l’autre flippant les serpents les serpents les serpents on ne les voyait pas en fait planqués certainement partout autour nageait cette odeur de terre morte de pastèques éclatéespuantes jamais compris ce qu’elles faisaient jetées à cet endroit arrivant sains et saufs de l’autre côté il faudrait retraverser on essayait de ne pas y penser tombant sur des étangs des vieilles dames pêchant sur des chaises branlantes nous regardant passer on saluait de loin elles levaient leur chapeau quand on demandait c’était toujours même réponse par là par là mais aux serpents faire gaffe marchant encore sur des semblants de route puis nous lassant marchant encore marchant dans la moite l’impassible forêt un peu revenant les mêmes dames le même marigot la butte de terres les vaches la caisse retrouver la grande route rouler plus loin le fleuve était caché peut-être dessous la terre on ne le voyait pas peut-être que nous étions le fleuve finalement...

(...) et comme ça plusieurs jours nuits miles jusqu’à ce qu’on arrive dans une ville au nom imprononçable plus grande que les petites d’avant et qu’en face d’un casino ridicule dans son déguisement de bateau plat à aubes n’ayant jamais vu plus large que la boue du bord on voit du dessus le large gras brun fleuve qu’on poursuivait depuis un bout de temps maintenant se vautrant en bas loin en fait encore porc dans son auge ne faisant pas vraiment attention aux barges énormes lui passant sur le dos chenilles sans fin de conteneurs multicolores flottant au droit avec au cul poussant des bateaux dont on imaginait les moteurs surpuissants leurs hélices brassant dessous dans cette sorte de fange diluée des choses qu’on ne pouvait voir des cadavres peut-être qu’on se disait assis le cul sur un carré de pelouse tellement verte qu’elle donnait juste envie de repartir de retourner lécher le bitume un peu déçu aussi on était par l’eau en bas qu’on attendait très différente...

(...) qu’on a retrouvée plus loin un peu par hasard en cherchant un coin tranquille pour se soulager des litres de soda qu’on s’enfilait au moins aussi vite que la voiture son essence mais c’était toujours le même de fleuve ce qui changeait et encore c’était le décor une usine des tuyaux partout des entrepôts le tout à l’abandon rouillé on a fait le tour et puis dedans aussi ça n’a pas suffit à nous amuser pisser dans l’eau par contre si surtout qu’on s’est dit qu’on ne devait pas être les premiers tout du long et que ça finissait par en faire du monde se soulageant dans les bras larges du fleuve sur lequel on s’attendait toujours à avoir passer flottant des cadavres à force de séries TV mais rien non plus on voyait seulement de temps en temps des troncs d’arbres solitaires passant à toute vitesse pressés d’en finir de se fracasser contre une pile de pont une coque ou d’atteindre pleine mer pour y nager tranquilles...

(...) et qu’on a laissé là le fleuve pour reprendre la descente au Sud encore en roulant droit nous laissant rouler comme des pierres sur une pente jusqu’à oublier qui on était jusqu’à oublier d’où on venait où on allait jusqu’à ce que d’un coup sans prévenir la highway se suspende hisse en l’air grimpe sur l’eau devienne un mince ruban béton bitume griffant une baie un marécage on ne savait pas il n’y avait autour de nous plus qu’eau nuages mais hauts et en-dessous sur le bord droit des arbres pieds jambes dans l’eau et nous passant dessus leur roulant juste dessus la tête sur leurs tonsures il n’y avait pas et les alligators il n’y avait pas ce n’était qu’eau pendant des miles et piles et piles dessous les ponts le long bitume...

(...) jusqu’à ce qu’elle soit là à peine une ville la Nouvelle-Orléans moite dégoulinant de tous côtés sous sa moiteur on est entré dedans sans y faire gaffe plus de motels plus de lodging plus même de route presque dans certaines rues dénichant au bout un hôtel juste au coin des rues première enseigne allumée clignotante on a frappé à la porte vieille c’était ok a dit le réceptionniste chauve une vraie bille boule de billard roupillant dans son fauteuil club cuir comme un pacha oublié de tous la chambre cette fois cachée au fond d’une cour de cinéma on y croyait pas vraiment cherchant l’entourloupe et puis oubliant nous effondrant sur les lits balayés du bienvenu vent glacé de la clim sans elle on serait mort de chaud dans l’heure aucun doute là-dessus dehors le bitume ne fondait plus tellement il avait chaud il n’osait plus bouger et nous non plus...

(...) affalés sous la pergola avec ses airs de on cherchait on essayait de mettre un nom sur l’impression William Faulkner on est tombé là tous d’accord vautrés aucun n’avait jamais rien lu de lui Faulkner c’était seulement un nom une moustache mais c’était exactement l’image qu’on en avait venue d’où on s’en fichait la ville semblait loin ailleurs oubliée mangée par la végétation autour de nous grimpant comme une couverture fraîche il fallait se forcer pour sortir marcher dans le potage qu’était l’air surchauffé nous coulant dessus faisant de nous des rivières de sueur nous laissant trempés au bout de quelques mètres noyés quasi comme si quelqu’un nous avait repêchés d’une gaffe distraite morts flottants sur le fleuve gonflés comme des outres tirés sur le bord laissés là pourrissants suintants de partout des sucs qu’on ne s’imaginait pas transporter séchant sur nous encroutant nos peaux d’un sel le nôtre nous voilà donc marais salants...

(...) tout ce qu’on buvait et c’était litres afin de ne pas devenir secs morceaux de bois dur os peaux tendues dessus tambour prenant ce goût léger une saumure dans les rues on errait n’ayant pour certaines en fonction des quartiers bien découpés repérés pas de trottoirs presque pas de chaussée rien que presque plus que des sortes de chemins vaguement goudronnés alignées les maisons en bois de guingois presque des gens autour nous regardant glisser comme des ombres on était nez en pleine figure à errer là dans des empilements de choses oubliées des marées la vie les déménagements le fleuve l’océan peut-être passés tantôt levés de leur lit dessus la terre si basse ici que ça n’aurait pas été grand chose pour l’eau de venir se vautrer de toutes parts de tout manger avaler digérer...

(...) repartant on ne tenait plus en place plus de quelques jours maintenant accélérant pensant au fond qu’on finirait par être chopés pas possible autrement pas possible que nos vieux aient baissé les bras si vite le proprio de la Ford pas porté plainte les cops pas décidés de retrouver les gamins de Sardinia, État de New York, États-Unis traçant personne ne savait vers où et encore moins les principaux intéressés sortant de la Nouvelle-Orléans pincés au coeur laissant derrière les rues la nuit la ville tournant d’un coup sur un carré en une Babylone emplie de filles à moitié nues de mecs bourrés gobelets fluos et cops là-haut sur les chevaux prédicateurs hallucinés dedans hurlant Jésus nous sauve Jésus nous sauve arrosés depuis plus haut sur les balcons par des gamines jetant colliers de perles et nous fuyant nous égarant dans des routes minces cicatrices sur des champs plats à perte de vue cherchant des bayous on voulait voir les alligators nous garant n’importe où marchant au milieu d’arbres drapés de guenilles scrutant la moindre flaque d’eau mangeant des libellules nous arrivant dessus en formation serrée attaque attaque qu’on gueulait comme si ça avait été des Japs...

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