Sardinia (was Back USA)

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Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) traversant nous reposant quelques minutes dans des villes fantômes avec des Main Streets qu’on aurait pensé de carton-pâte de façades seulement des rues de cinéma mais à se pencher sur les vitrines sales on voyait les magasins vides feuillets éparpillés balais abandonnés cartons même pas refermés toute une histoire de portes verrouillées partir sans jamais même se retourner les cops passant quatre fois le quart d’heure ralentissant pour bien montrer qu’on était repéré la caisse garée planquée on ne traînait pas on faisait les gars cools les gars normaux touristes un peu perdus mais pas assez pour que les cops s’arrêtent fesses serrées qu’on était sur bancs étalés avec nos gobelets size XXXL sodas sucrés pour essayer de rester droits dans la chaleur marteau dessus nos têtes des vieux passaient devant doucement fripés sous la visière de la casquette lunettes noires un geste du doigt tapant la tempe signifiant vous êtes chez moi dessus mes terres ne traînez pas les petits gars...

(...) retrouvant le soir un motel tellement paumé que même son gérant devait utiliser le GPS de sa caisse pour y aller découvrant cette fois USA Today un entrefilet parlant des gosses disparus de Sardinia, État de New York, États-Unis mystère entier familles inquiètes heureusement pas de photos seulement nos noms prénoms âges on s’est regardé ça commençait à se corser ils avaient mis le temps quand même rien sur la Ford rien sur les tunes dollars dont le paquet fondait doucement et ce n’était pas le soleil qui faisait ça on s’est regardé marré je crois que c’est la meilleure nuit qu’on a passé dormant rêvant cette fois c’était un road movie on y était et pour de vrai les stars c’était nous Hit the road Jack...

(...) fonçant maintenant sur Atlanta on pensait tous Coca on pensait Martin Luther King, Junior, on pensait J.O. athlètes à la con courant en rond comme les cobayes dans les cages au bahut salle de bio on les découperait un jour on pensait Atlanta roulant fenêtres grandes ouvertes la clim tant pis les cops tant pis on était des bandits on était bad voiture volée argent piqué une fugue folie sous le soleil on verrait bien la route une mère nous berçant dans ses bras larges gris brûlants certains moments tout juste si celui qui tenait le volant ne s’endormait pas aussi les autres c’était tout le temps qu’on roupillait manière de s’occuper de ne pas attraper mal au ventre de manger ces paysages nous tombant dessus à la pelle...

(...) ça semblait n’avoir aucune fin les motels les déjeuners on redémarrait bourrés de waffles de café de céréales de tout ce qu’on pouvait avaler en même temps que les truckers le reste du monde dormait encore sur le ruban il n’y avait que la Ford grise et les culs des camions soleil et les culs des camions et le bruit du bitume radio à fond et le cul des camions et les arrêts pipi et le nez des camions et les arrêts on mange et les arrêts soda et les supermarchés pour recharger les réserves de trucs à grignoter et le cul des camions et le bord des higways pour pisser rapides quand on ne pouvait plus attendre et les klaxons des trucks nous frôlant nous filant de ces frousses redémarrant laissant la gomme noire des pneus sur le gravier le soleil faisait sa moitié de roue et nous dessous le soir motel on tombait comme morts...

(...) ressuscitant le lendemain et bis repetitas déboulant dans Atlanta sans avoir vu la ville venir pas de skyline pas de dentelles de béton fer vitres collées à l’horizon comme un poster grandeur nature juste posés comme ça quelques gratte-ciels et tout autour les noeuds des highways tout entremêlés emmêlés on ne comprenait pas grand-chose à ces rubans partant dans tous les sens emballant la ville comme un énorme cadeau rose gris dans l’air saturé pollué se rebouclant essayant de nous perdre de nous faire retourner à Sardinia, État de New York, États-Unis, penauds déçus mais nous résistants suants tournant nos têtes de tous côtés engueulant conducteur GPS copilote on s’en sortait posant la Ford plein centre juste à côté d’un parc aux fontaines envahies sous le soleil enfants hurlants ne savaient pas que nous étions en fuite les plus petits dessous l’eau claire étaient tous fous...

(...) tournant un peu dans une ville paraissant s’oublier elle-même ne pas parvenir à être à la hauteur longeant des avenues pas déroulées pour les piétons nous les paysans ou presque sortis de Sardinia, État de New York, États-Unis, bien les seuls à traîner là à pied si l’on excepte les gars occupés à refaire le bitume rongé lépreux sous les ponts nous regardant passer se demandant sans doute où on allait le jaune orange de leurs gilets des taches qu’on distinguait de loin dans le tremblé de la chaleur dans la fumée goudron dégueulant des camions leurs casques posés dessus ces nappes blanches des îles de sang écarlate flou jusqu’au musée Martin Luther King, Jr, vide ou presque le cops vigile à l’entrée pressant ça va fermer ça va fermer personne n’osant plus respirer la vitrine les affaires du pasteur juste avant que boum boum Lorraine Motel là-bas à Memphis la ville morte ombre d’elle-même une valise une chemise une veste des bouquins un tee-shirt pas grand-chose des frissons certainement la clim bien à fond nous errant dedans comme dehors repartant nous perdant la caisse où on a donc garé la caisse dans les espaces entre les morceaux d’Atlanta petites maisons incongrues le pasteur la vitrine les avenues le bitume tout tournant mélangé et la Ford bien tranquille endormie tout au pied de la Roue tellement simple pourtant de retrouver chemin cherche la roue cherche la route...

(...) en trombes à nouveau sur bitume tant droit tant loin tant loin remontant droit océan grand le longeant mollement vers la ville des villes New York City maintenant qu’on visait pile on savait bien que ça ne pouvait pas durer le fric fondant on fatiguait tant loin devant la route lourde sur nos ventres pesait maintenant mais lentement aux stations on commençait à parler aux gars barbus faisant le plein comme nous errants mais eux sans but avec leurs yeux de pacotilles leurs yeux bleus gris rincés peu à peu délavés au fond leurs rêves un peu tremblants très fatigués de vieilles photos de vieux polas qu’on aurait retrouvé dans un carton dans le garage derrière le fatras oublié parcourant toujours des banlieues des banlieues des banlieues sous l’ombre fraîche des arbres les maisons s’endormant pendant qu’on visait Washington qu’on s’était dit il fallait faire un détour mais loin encore était la très White House les USA on les voyait à travers vitres même plus le temps de rien comprendre de plus en plus vite allant faisant de moins en moins gaffe aux cops aux limitations de vitesse à ne pas se montrer pourtant des jeunes gars comme nous sans doute loin de chez eux dans les petites villes on voyait bien que ça faisait tourner les têtes sous les casquettes dubitatives dans les fast foods les serveuses souriant chuchotant pendant qu’on se goinfrait sauces grasses de burgers tristes frites molles le soir la chaleur retombant rideau épais la nuit était un velours moite ...

(...) finalement la White House loin dans le parc immense ras l’herbe brûlée jaune du soleil des cops posés dessous les arbres un coin de l’ombre cherchant costards lunettes le fil torsadé oreillettes dessus les avant-bras un truc gris dur déplié dur cachant les guns on voyait bien aux pieds un sac dedans je te laisse tout imaginer d’autres guns sans doute plus lourds chargeurs ou quoi de l’eau tout simplement et leurs grands gestes sitôt qu’on s’avançait reculez reculez personne pour tenter une blague on voyait que c’était le genre à tirer sans sourciller de loin une White House de carton-pâte une meringue figée exactement celle des TVs et Joshua qui grommelait et Tom qui ne disait rien c’était donc ça cette ville-là une ville plate pas un immeuble pas un gratte-ciel pas de skyline de peigne à dénouer les nuages ce fleuve énorme qu’on traversait pour s’écrouler dans le motel donuts de rêve toute la nuit on entendait ronfler la ville et ses sirènes les clims comme des folles donc pas très loin roupillait grave le Président on s’en foutait à y penser un autre donut et c’est parfait en bas du motel des gars se battaient un autre donut et ça ira ça ira bien... 

(...) jusqu’à ce que la ville plate de la White House meringue nous sorte par les yeux qu’on se dise sans un mot on trace vers Philadelphie va savoir pourquoi sans doute que dans un film on avait vu celle-là de ville regardé en se goinfrant de pop-corn des plans-séquences des plans-bagarres des plans-courses-poursuites l’espèce de truc City Hall en plein milieu jouant à la rose des vents avec les avenues déboulant droit dessus sans doute qu’on se disait c’est une ville vraie une ville droite de lumière le long de la highway ça commençait chargé on sentait partout l’espèce d’énorme machin que faisaient tout du long les blocs de maison pas encore jointifs pas encore faisant une seule et même ville mais vrai de ce côté on commençait à ne plus distinguer l’une de l’autre les grands espaces maintenant bien loin et Sardinia, État de New York, États-Unis, aussi tellement que c’était à se demander si ce n’était pas une invention, si nous n’avions pas rêvé ce trou du cul du monde d’où nous étions partis enfuis dans une Ford Fusion dérobée avec un paquet de dollars et quelques bières et un culot à décorner les vaches de temps à autre au-dessus passaient des hélicos les cops encore mais nous dessous n’étions plus rien planqués dans la nappe uniforme des voitures en tous sens...

(...) convergeant allant où vers les grands ponts Philadelphia d’abord ce grand pont dessus milieu le gros péage presque le seul jamais croisé petites cabines les mecs dedans gantés de noir l’argent n’a pas d’odeur mais il est sale froissé trempé de la sueur l’homme-cabine automatique le même geste toute la journée exactement le même geste prendre les billets compter les tunes rendre les tunes have a nice day prendre les billets compter les tunes rendre les tunes have a nice day prendre les billets compter les tunes rendre les tunes have a nice day dedans sa paume une liasse énorme on pourrait le braquer ce con qu’on a pensé en même temps la nôtre de tune diminuait mine de rien et puis trop tard on démarrait le mec derrière toujours nickel et sain et sauf heureusement have a nice day car juste après les cops garés plus loin ça te calmait le pont énorme métal jaune doré partout l’eau tout dessous tellement loin la ville au bout tranquille et douce une jeune fille timide fraiche une ville comme ça...

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