Sardinia (was Back USA)

Onglets principaux

Tant long droit loin que tout là-bas c'est l'horizon avalant cru le ruban plat réglisse que ça devenait déroulé sans arrêt avec sa grande bouche bleue ses lèvres blanches plat noir réglisse exactement comme les rouleaux piqués dans le dos des marchands de presse cigarettes loteries et autres conneries quand ils tournaient le dos le temps de juste le temps de glisser une main vers le comptoir prendre le rouleau le faire fondre dans une poche le tout sans baisser tête ni regard et nous dessus maintenant à foncer droit vers la bouche bleue à nous demander mais sans rien dire à quel moment elle nous avalerait et si seulement et quand derrière il n'y avait rien pas de sirènes aucune voiture de cops hurlante pour rouler avec nous vers la bouche et ses lèvres blanches soleil jaune brûlé le reste le vert ça suffisait...

(...) avec un motel perdu quelque part dans l’immense toile piège des banlieues highways autour de la ville croisant un napperon complètement dingue tellement plus que ceux qu’on voyait tous chez nos grands-mères à Sardinia, État de New York, États-Unis sur les appuis-tête accoudoirs des fauteuils canapés où les vieux lentement s’effondraient pourrissaient ne bougeant plus décollant plus de la TV toute la journée volume à fond télé-achat appareils magiques (et pas chers ou quasi) pour faire du sport mais sans rien faire avoir un corps de rêve jusque comme l’autre n’en pouvait plus de bouffe sodas saloperies ingérées à flux continu les vieilles dans les cuisines cuisant toute la journée des trucs lourds comme plomb nous les fourrant dessous le nez dedans la bouche quand on passait dire bonjour la vérité c’est qu’on était venu seulement pour les dollars glissés loucedé juste au moment de s’en aller ne dis rien à grand-père grand-père dormait la bouche ouverte on y tournait dans le napperon tissu bitume chaque maille nous perdait un peu plus et c’était là motel coincé tout allongé et à l’accueil le gars dormait il s’en foutait et nous aussi...

(...) et puis très vite sentant la grosse pomme pas loin sentant son poids tordant retenant l’univers vagues souvenirs des cours de physique de cette histoire de relativité générale champ gravitationnel le prof avec son collant noir tendu sur un cadre de bois et puis l’orange posée dedans puis le kiwi pour faire planète on se marrait derrière les cancres son collant venait d’où à se demander ce qu’il faisait tout seul le bougre le soir rentré chez lui on avait pris nos heures de colle grande habitude on s’en fichait dans le lycée quand on restait tard le soir nous les punis les rigolos ça nous laissait le temps du rêve et maintenant tous là assis sur ce banc noir dedans un parc Philadelphie loin loin de Sardinia, État de New York, États-Unis on entendait mais sans un bruit New York City qui nous appelait ça respirait mais très profond le souffle d’une ville on le sentait jusqu’à Philly il n’y avait pas même cent miles peut-être bien qu’en montant là sur cet immeuble on distinguerait les hautes tours de Manhattan New York City quand la Ford grise a démarré nos yeux brillaient la ville des villes était toute proche et on partait elle serait nôtre et dès le soir...

(...) le long de la Higway n’en finissant pas étalés des miles entiers d’entrepôts vides sales gris entassés les uns à côté des autres fils électriques dans tous les sens containers morts et tous les trucks et tous les ponts et cette eau sale qu’on voyait parfois briller entre les murs flaques immenses et tous les trucks et les bagnoles et puis les cops tout convergeant on ne voyait pas de l’autre côté la higway censée s’éloigner quitter la ville New York City one way un aller-simple tu ne peux pas ressortir d’elle personne ne rentre personne ne quitte cette femme-là bagnole de cops tous feux brillants sirène hurlante une autre derrière serrant une caisse noire longue fumée des hélicos suspendus fous et nous passant laissant devant la course poursuite toujours anonymes cette vertu des Ford grises la bête soufflait par les vitres basses pourtant au compteur NYC était encore loin on la sentait déjà ce parfum lourd d’ozone sale une haleine métal copeaux acier usine à vies usine à rêves et ce cimetière immense sans fin qu’on a longé un infini...

(...) jusqu’au tunnel plongeant dedans le ventre mort de la terre bleue on imaginait dessus des eaux noires fumées échappements le ciel était devenu du béton sale peau de bitume on suffoquait bagnoles partout un long serpent pas de skyline New York cachée timide jeune fille une montée sortie d’enfer d’un seul coup les skyscrapers peints sur le ciel le vrai poster tellement proche c’était un rêve tellement loin de Sardinia, État de New York, États-Unis d’où on aurait jamais parié un cent d’être là un jour à regarder venir la ville comme une femme folle courant vers nous échevelée et dingue de nous vous arrivez j’attendais tant de tous côtés les hélicos qui se jetaient vers les immeubles de loin c’était l’apocalypse une ruche dingue abeilles acier et les bateaux ces gros bourdons scotchés au sol sur la rivière blancs nets traçants des sillages gras Joshua hurlait Putain voilà putain voilà on ne savait quoi Tom ne disait pas un seul mot son habitude...

(...) deuxième tunnel beaucoup plus long nous avant comme des cerises oesophage gras lumières ça clignotait glauque feux rouges feux rouges tout le monde freinant dans le même temps tube digestif on ressortait en plein dedans Manhattan grand plus un seul ciel plus de nuages canyons béton avenues droites et tout au bout béton encore un tel bordel on rigolait quelle folle histoire dans la bagnole toutes nos affaires jetées partout tout rassembler le fric aussi ce qu’il restait répartir ça comme on pouvait tourner encore et puis encore rues avenues rues avenues parking sauvage dans un recoin garer la caisse n’importe comment on s’en fichait les herbes hautes dedans la Ford grise comme les blés la verrouiller jeter les clés une poubelle gueule grande ouverte se regarder hilares maintenant et dans la ville Manhattan haute s’en donner cinq et tous les trois en oubliant d’où l’on venait et sans regrets d’un seul coup tourner au coin et d’un seul coup comme ça facile tout simplement, tous disparaître.

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