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Il n'est aucune raison de passer par là, les routes autour plus droites et larges permettant où qu'on aille d'y aller plus vite et sûrement. Pour aller là, on ne peut être que quelque touriste égaré, tant rares par ici que cela n'arrive pas ou si peu que tout le monde est vite au courant ; soit donc être d'ici, il faudrait dire de là, et y rentrer, rentrer chez soi, le plus simplement naturellement du monde une fois la journée de travail terminée ou, aussi et de plus en plus avec le mouvement qui a conduit à la désertification des campagnes, parce que l'on revient pour les vacances ou à l'occasion de quelque occasion justement dont le calendrier est empli, fête familiale, mariage, enterrement, moments dont on ne sait que dire sinon qu'ils conduisent à d'ailleurs venir, attraper un train, traverser le pays de part en part, arriver dans la gare curieusement posée au milieu du nulle part immense entre deux villes voisines se détestant, attendre l'auto de qui s'est dévoué pour jouer les taxis, suivre donc l'une des nationales qu'on quittera un peu plus tard en bifurquant après la petite ville qui est comme toutes les villes du coin mourante et enfin arriver quand on commençait à se dire que décidément ça n'en finissait pas cette route, ce tortillement, ces virages derrière lesquels sont d'autres virages.

Tout a baigné jusque-là dans une ambiance grise hivernale qui pourrait laisser à croire qu'il n'existe ici qu'un ciel mercure gris dont l'argent cache toujours le soleil derrière maintenant le métal à sa température liquide : ce serait une erreur, l'été aussi arrive comme le couvercle qui vient avec non plus tissé de nuages bas tellement qu'ils se laissent gratter le ventre par les arbres noirs encrés dessus cet horizon bas de plafond mais fait (le couvercle) d'une chaleur sans air tombant sur ceux qui marchent dedans les chaumes de tout son poids, de tout son haut, tellement d'ailleurs qu'on s'arrêtera dessous un arbre, mirabellier tordu de toutes parts, vieillard sans doute que le lichen a recouvert parfaitement, une peau vraiment et sans lifting ajustée ce qu'il faut, dans ce qui semble un verger mort mais qui n'en est pas un, on voit sur l'herbe rase des traces d'auto, plus haut là-bas il y a une faux accrochée à la fourche d'un poirier au ventre renflé et juste après, un demi-cercle fauché sous un prunier qui dit assez que quelqu'un vient préparer le terrain, dégager l'aire, faire ce qu'il faut pour qu'à mi-août et sur l'automne on puisse faire récolte sans avoir à chercher les fruits cachés tombés, il ne faut pas marcher, on les écraserait, on reste sous couvert et l'ombre fait sa boucle noire qui rafraîchit, d'aussi loin que l'on voit il n'y a rien qu'une vallée toute droite laminée de torpeur, il faut attendre encore pour oser repartir, on attendra le temps qu'il faut, de grosses sauterelles vertes gracieuses nous tiennent compagnie, et des abeilles aussi, et le poids de l'écrire quand on sait bien qu'il n'y a rien à dire de ça.

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