Lieux #4

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Après quelques ronds-points on y sera mais dehors pour l'heure encore c'est une terre grasse noire de morts qui quoi qu'on fasse colle aux semelles pèse sur les épaules jusqu'à faire ralentir le pas, et puis plus loin là-bas où étaient les combats pose ses cimetières comme autant de bornes kilométriques absurdes dont le gazon impeccablement tondu, les croix blanches alignées jusqu'au bout de l'horizon où ne tonnent plus que les orages de l'été répondent aux images floues sur lesquelles il n'y a plus autour des hommes combattants que des fleuves de boue les avalant doucement, patiemment, ainsi qu'un enfant gourmet le fait des bonbons subtilisés sur la table. Si on demeure ici bien loin des côtes qui mangèrent ces hommes, il en reste partout comme l'écho, le fracas, les fantômes, tout cela qui serait resté pris dans les draps maintenant pliés et qu'on verrait tomber sur le parquet en les dépliant pour préparer la couche du voyageur, et c'est sans compter encore avec ce qui reste de l'autre guerre, elle plus proche, qui est venue jusqu'ici et sourd partout — des hommes des femmes surtout, dans ce qui se raconte quand rien ne se raconte que des jours où l'on n'était pas autre chose qu'un avenir que plus personne n'imaginait parce que les jours semblaient n'être plus que des murs de bombes lapidant tout et laminant le reste.

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