Tombeau #8

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Ensuite il y a l'école dans l'autre village avec sa cour coincée entre l'église et les murs hauts surplombant la route puis son marronnier tant gros dont l'ombre suffisait à recouvrir la quasi totalité de l'espace où nous étions à jouer, du moins, c'est l'image que j'en ai maintenant à patauger jusqu'aux genoux dans ce flou gris du temps, son marronnier d'où, cet hiver où il avait fait si froid, des étournaux tombaient gelés que nous ramassions pour les réchauffer réanimer ressuciter dans la salle aux plafonds hors regards qui nous accueillait, où nous apprenions, écoutions, n'écoutions pas, cette école où j'ai souvenir d'avoir croisé quelqu'un né le même jour le même mois la même année exactement que moi, ce qui m'avait étonné terriblement et m'étonne encore maintenant alors que quoi, il n'y a pas de quoi, cette école où l'un des camarades qu'ensuite je retrouvais dans une classe au collège avait neuf frères et soeurs, chose impensable mais ne faisant que poursuivre une tradition que les générations d'avant avaient pourtant en habitude, on faisait grande famille, nombre d'enfants, chair à canon, les deux guerres à peine terminées avaient donné le pli, il fallait ce qu'il fallait quand ça démarrait et après tout, on ne voyait pas trop pourquoi le décompte s'arrêterait alors peut-être que ces dix-là étaient un semblant de réponse, je ne sais pas, ce n'est pas mon sujet, mon sujet dans ces lignes c'est toi, toi dont je ne distingue pas la chevelure toujours ébouriffée parmi les têtes penchées sur les pupitres toutes occupées à faire des lignes des exercices à compter sur les doigts que sont-ils tous devenus je sais pour certains rien pour la plupart pour toi je sais parfaitement nous sommes juste là pour ça, un souvenir.

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