Fossile #19-2

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Il s'en est fallu de peu que rien n'arrive puisque c'est le hasard qui a fait tout ça, les deux familles installées l'une en face de l'autre dont les enfants se connaissent tant qu'ils finissent par faire mariage, ce seront mon père et ma mère et après tout leurs frères et soeurs aussi se voyaient tous les jours et ne sont pas allés jusqu'à s'épouser ; le fait qu'ils ont traversé la guerre qui a rasé tout le village et aurait pu broyer les enfants qu'ils étaient encore mais les bombes sont tombées autour mais pas sur eux, ce n'est pourtant pas faute d'avoir arrosé les alentours ; la suite aussi, ces années où il me semble que l'on mourait d'un rien ou presque, on meurt toujours aujourd'hui mais avec retenue, de leur temps je crois bien que ça y allait à pleine charrette, ça se broyait dans les machines et les voitures dans une presque routine qui n'étonnait personne, on faisait masse d'enfants pour compenser, la vie était bien faite ; la guerre encore ensuite qui n'a toujours presque pas de nom et qui était dans le désert en haut de cette Afrique où sont partis les hommes et d'où mon père est revenu, il était tout intact à part peut-être qu'il n'en parla jamais vraiment mais c'est maintenant trop tard pour aller lui demander, ça restera un grand mystère, il en faut dans une vie se dit le petit homme qui est devenu un peu plus grand et regarde droit devant un rosier empli de tomates, on est au bord de mer, il n'aurait jamais imaginé être là un jour, il s'en faut tout le temps d'un rien que tout soit autrement, il n'y a sans doute rien de plus à conclure même si quand même, autant de mots pour ça, il faudrait plus souvent se taire.

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