Tumulus #11

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Tout ça se passe loin du village encore, de la vallée en vrai, cela n'intéresse donc personne et puis personne ne peut savoir que ça a commencé même si dans les journaux de minuscules entrefilets ont évoqué une route, le début du chantier, tout cela est tellement loin, ce pourrait être de l'autre côté des océans, quelques lignes en bas d'une page pliée repliée passent inaperçues et même si quelque part, dans une maison ou bien une autre, une femme qui a pour habitude de lire à haute voix pour la tablée le quotidien qu'elle a trouvé sur le pas de la porte a conscienceusement déchiffré de sa voix haute et claire l'annonce des premiers creusements, c'est resté lettre morte, on veut bien croire tout ce qui est écrit mais là, on attendra pour croire de voir, c'est le syndrome de Saint Thomas, c'est maladie courante ici, on croit ce que l'on voit, les pierres, les arbres, la terre, le reste reste des mots, la femme continue sa lecture et l'on entend seulement qui l'accompagnent comme elle avance les bruits des bouches qui mâchent, c'est le casse-croûte matin, il faut manger pour vivre, dehors tout à côté il y a les bêtes et cette légère brume qu'elles font l'hiver à ras de poils, ça sent la vache toujours, il ne reste plus que quelques jours pour pouvoir les sortir au pré avant qu'elles restent à l'étable, justement il faut les y mener, elles vont fermer la route le temps de dix minutes de leurs dos ronds, de leurs mamelles qui dansent, le pré est celui de la bosse, les vaches n'en ont que faire, c'est l'herbe humide qui les attire, elles broutent sitôt rendues et même le paysan qui attache la clôture s'en fiche aussi, ce qui compte c'est de clore et de ne pas oublier le fil de fer en haut qui assure le tout, on verrait bien le cirque si quelque fourbe de ces bêtes-là se sauvait au village.

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