Tumulus #17

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Et là kilomètre après kilomètre on s'est approché du village et il a fallu des litres de sueur et autant de gasoil et des heures et des heures de temps/homme et des arrêts de chantier quand on rencontrait quelque chose qui n'était pas prévu qu'il fallait contourner éviter exploser qui stoppait tout et pendant quelques temps jamais plus d'un jour ou deux tout était en suspens et les hommes dans leurs chambres à dormir ébahis du repos inconnu jusqu'à ce que tout rédémarre dans une rage de rattraper ce qu'on pouvait une rage de hurlements et d'accélérateurs d'échappements noirs comme la nuit et puis soudain le débouché dans la vallée qui n'a été évènement que pour nous tous pour eux ce n'était qu'un paysage de plus à lacérer la plupart n'ont rien remarqué à un moment tout juste les bois à franchir encore et tous sachant qu'il y aurait le temps de crever cette forêt un rythme plus lent — les arbres que l'on rase les souches et leurs racines accrochées dans le dedans des roches compliquent tant tout c'est pour cela que ces hommes-là n'aiment pas ça, ils aiment la terre plate grasse et droite les accueillant comme une putain, les arbres sont des écueils, chacun se construit la mer qu'il veut, perdus là-dedans et même si la trouée qu'ils poussaient autour d'eux était large à s'y perdre, on sentait aux tréfonds cette crainte d'avant, des hommes d'avant les hommes, de ce qui là-dedans aux sous-bois peut-être bien se cachait, cette angoisse sourde et puis légère qui s'allégeait quand on voyait la lisière loin et puis plus proche et puis toute proche et puis voilà on était à l'air libre nouveau, on était là, à l'orée de la vallée longue et puis là-bas, ce qu'on voyait, c'était bien le village, personne pour savoir qu'entre ici et puis là il y avait cette petite butte, elle changerait tout.

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