Comment je n'ai pas tué François Mitterrand #2

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c'est pas possible" et pourtant si, dans le rectangle bombé et cathodique ça continue malgré l'apocalypse, les commentateurs commentent ce qui est vraiment arrivé et d'un seul coup l'on n'entend plus, ça parle de tous côtés on n'y comprend plus rien, on sent seulement qu'il s'est passé quelque chose de grave comme si quelqu'un s'était tué dans un virage à l'entrée du village ou était mort écrasé par une branche tout là-bas dans la forêt trop noire, je crois entendre un sanglot bref et tout soudain sonne le téléphone, c'est une vraie sonnerie forte sur un téléphone à cadran avec ses trous avalant les doigts et le tout petit cliquetis qu'il fait en revenant de là où on l'avait poussé, nous restons pétrifiés, peut-être que tout a déjà commencé, peut-être que c'est déjà quelque commissaire politique qui nous appelle, qui sait qu'ici ce n'est pas notre candidat qui est vainqueur, qui convoque tout le monde à la préfecture, des explications sont attendues, les sonneries s'éternisent et quand quelqu'un enfin mais qui se décide et décroche, au bout du fil qui est vraiment un fil, qu'on voit par la fenêtre partir du mur, traverser l'aire large qu'ont devant elles ici toutes les maisons, c'est le schéma classique d'un village dit rue avec ses maisons jetées loin derrière et entre elles et la route ce plan qui est usoir, passons sur ça, au bout du fil donc qui nous demande "alors c'est bon ?" parce qu'elle n'a nul téléviseur et nulle radio et rien pour savoir le monde parce que le monde pour elle s'arrête au bout du ban de son village et que c'est très largement suffisant pour ce qu'elle veut y faire, vivre simplement, vivre tranquillement et pareillement mourir, au bout du fil donc qui répète "alors, c'est bon ?" c'est la grand-mère qui n'en croit pas ses oreilles déjà sourdes quand une voix étranglée lui glisse que non, ce n'est pas bon, pas bon du tout — elle ne mourra pas de ce jour funeste mais presque et j'exagère à peine." data-share-imageurl="">

Dans l'abattement plus personne pour bouger, le ciel est tombé de très haut en plein dessus nos têtes, quelqu'un marmonne encore en boucle "c'est pas possible" et pourtant si, dans le rectangle bombé et cathodique ça continue malgré l'apocalypse, les commentateurs commentent ce qui est vraiment arrivé et d'un seul coup l'on n'entend plus, ça parle de tous côtés on n'y comprend plus rien, on sent seulement qu'il s'est passé quelque chose de grave comme si quelqu'un s'était tué dans un virage à l'entrée du village ou était mort écrasé par une branche tout là-bas dans la forêt trop noire, je crois entendre un sanglot bref et tout soudain sonne le téléphone, c'est une vraie sonnerie forte sur un téléphone à cadran avec ses trous avalant les doigts et le tout petit cliquetis qu'il fait en revenant de là où on l'avait poussé, nous restons pétrifiés, peut-être que tout a déjà commencé, peut-être que c'est déjà quelque commissaire politique qui nous appelle, qui sait qu'ici ce n'est pas notre candidat qui est vainqueur, qui convoque tout le monde à la préfecture, des explications sont attendues, les sonneries s'éternisent et quand quelqu'un enfin mais qui se décide et décroche, au bout du fil qui est vraiment un fil, qu'on voit par la fenêtre partir du mur, traverser l'aire large qu'ont devant elles ici toutes les maisons, c'est le schéma classique d'un village dit rue avec ses maisons jetées loin derrière et entre elles et la route ce plan qui est usoir, passons sur ça, au bout du fil donc qui nous demande "alors c'est bon ?" parce qu'elle n'a nul téléviseur et nulle radio et rien pour savoir le monde parce que le monde pour elle s'arrête au bout du ban de son village et que c'est très largement suffisant pour ce qu'elle veut y faire, vivre simplement, vivre tranquillement et pareillement mourir, au bout du fil donc qui répète "alors, c'est bon ?" c'est la grand-mère qui n'en croit pas ses oreilles déjà sourdes quand une voix étranglée lui glisse que non, ce n'est pas bon, pas bon du tout — elle ne mourra pas de ce jour funeste mais presque et j'exagère à peine.

Image : Frédérique Voisin-DemeryTéléphone à cadran (heu ?)CC BY

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