Comment je n'ai pas tué François Mitterrand #3

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Finalement quelqu'un se lèvera pour éteindre le téléviseur, inutile d'attendre plus longtemps la nouvelle qu'une erreur s'était glissée dans les pixels, que cette technologie à peine née avait déjà joué des tours, d'autres viendraient que nous n'imaginions pas une seconde, inutile d'espérer l'annonce soudaine que c'était l'autre en fait, le grand sec chauve accordéoniste toujours un peu ridicule dès qu'il était dans la commune vie, qui était le vainqueur, nous aurions préféré mais non, il fallait bien l'admettre, le réel nous cognait de pleine face alors on va jusqu'à la boîte carrée dedans laquelle ça se dispute maintenant très fort et on appuie sur le bouton d'arrêt et tout s'éteint dans un bref flash qui ramasse l'image en un seul point très blanc au centre de l'écran, le silence revient, il n'y sur la surface lisse que les reflets de nous, certains encore bouche bée, les enfants vont au lit, on ne discute pas, on ne discute jamais et encore moins ce soir de grande catastrophe, on monte dans les lits hauts, on ne s'endort pas, dans le salon en bas de graves voix discutent et ça dure longtemps et c'est une tension qui porte révolution, une voix a dit cela qui reste suspendu lourd dans l'espace et tout le monde s'effraie parce que soudain c'est grave et on sait ce que c'est, personne n'a oublié le mois de mai 68 et la chienlit, le monde s'écroule donc à nouveau pendant que dans nos lits blottis très courts on espère le lendemain et qu'on sera tous vivants et que ce ne sera qu'un cauchemar de la nuit, au réveil je le sais il fera tôt quand même pour aller à l'école où tout sera étrange dans la cour pleine de discussions sans sens mais avant on verra confirmé dès le petit déjeuner ce que disait l'écran, sur le journal grave s'étale la tête qu'on ne voulait pas voir et c'est lui le gagnant, c'est écrit sur papier et donc c'est vraiment vrai.

Image : Susan E. AdamsNothin on TV1CC BY

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