Comment je n'ai pas tué François Mitterrand #4

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La cour du collège bruissante alors, des vagues de rumeur parcourant chaque rang tels champs de blé sous un vent fou, nous étions alignés puisque la cloche avait sonné, les profs tentaient vainement de calmer tout le monde avant que nous montions dans les salles de classe, les russes arrivent de partout l'on entendait, les tanks sont là, untel son père, l'autre sa mère, des sources sûres, dans l'escalier et les couloirs aux teintes glauques ça continuait, grève générale, on frissonnait malgré l'air doux, se bousculait, les russes arrivent, et chacun d'y aller de son anecdote, de ce dont ils étaient capables, ces russes dont nous ne savions pas grand chose à part certains, dont moi, qui avaient oncles revenus de là-bas, des camps de prisonniers après la guerre, la grande, la seconde, revenus de là-bas, de ce qu'on ne se représentait que comme un hiver sans fin et puis sans fond, une chose blanche et plus glacée encore, était-ce possible, que nos hivers à nous — ces russes qui arrivaient, leurs chars, on les voyait du fond de chaque classe sortant d'un brouillard qui était ce qu'ils pulvérisaient devant leurs museaux noirs, leurs canons à gueule ronde et froide, de neige renversée, de neige soufflée par la rage folle de leurs chenilles, des chevaux ivres de leurs moteurs, de la force incroyable de la révolution qui n'a nulle frontière et ce ne serait pas la ligne Maginot qui les arrêterait, elle n'était plus et puis d'ailleurs, puisque l'autre venait de gagner, ils étaient bienvenus, les hommes grands forts et blancs avec leurs pommettes caucasiennes, etc. etc. jusqu'à ce que tombent les punitions sur les bavards, ça suffisait.

Image : Tyomt54-tracksCC BY

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