Une sorte de journal — 04 juillet 2015

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Alors défait le chemin depuis une centaine de pas et bien avant débarrassé de ses bords hauts butant contre un champ jaune de blé et d'un seul coup plus rien que le bruit d'un vent comme une soupe dans cette nappe brûlante, je ne peux pas m'y faire ; de loin c'était une route ou peut-être juste son rêve ; marcher dedans tout droit ne m'a pas fait aller plus droit dedans, du moins, pas tout le temps : une petite chose tourne toujours dont je sais bien le nom et puis aussi les causes, qu'on ne peut jamais dire

D'autres entendaient et on sortait enfin du doute et des phrases nouées dans tous les sens jusqu'à n'être plus que des torchons laissés au vent ; les jours dressés en leur guimauve, des dominos, cette attente spirale ; là-bas il y a une fête et de l'autre côté de même des rires montent ouvrir la voie aux fusées qui viennent bientôt, les enfants les demandent déjà, on verra tout de la vigie ; je crois que c'est un chêne ancré déjà dans les années qu'il va cercler bien après tout.

Une peau telle terre de nulle part sarclée et pourtant on garde mémoire de son inverse exactement, un pré juste au printemps lisse doux comme ce n'est même pas pensable ; de temps à autre le livre se ferme de lui-même, il n'a plus rien à dire, il ne veut pas de nous pour le lire encore, on ne résiste pas, ils sont légions derrière à nous attendre pour juste revivre un peu ; c'est longue conversation qui se perdra aussi dans les sables du temps et y fera nouvelles radicelles auprès de celles déjà posées là-bas.

Masse de mains les unes aux autres entrelacées dont il demeure une dentelle à peine des passants ; de l'île on fait le tour tout doucement puisque déjà on sait qu'elle partira toutes ses amarres larguées devant ; ce serait donc écrire pour que le monde se fixe en un état, un moment juste : ce serait l'ancre, ça suffirait, et mille jours n'y feraient rien, et les regards seraient les mêmes, exactement, un jour parfait.

C'est avancer pas après pas, c'est dire ce que ça comble, c'est juste en l'écrivant se rendre compte de ce qu'on vient d'écrire et qui est ce qu'on crayonne chaque jour sur le dessin du monde pour être le soir enfin peut-être plein — on sert à se guérir chacun de soi, ce remède n'a donc nul prix ; hier je voyais comme les dos se voûtaient ronds, je regardais ce ploiement, imaginais le mien pareil ; de la pluie depuis l'aube, et le goût d'une tomate.

Le battement dedans qui creuse ses galeries, tenir tout à distance, et préparer son sac, prendre de quoi revenir, cela ça suffira : ailleurs c'est là aussi, là-bas la terre est ronde, elle est genoux d'enfants, on compte les cicatrices fines plus que rides qui viennent ; c'est déjà estompé, le temps délave vite, rien pour se raccrocher, on le savait d'emblée ; après tout perdre mémoire et puis demeurer là vide comme une calebasse oubliée de la veille, qu'est-ce que ça changerait ?

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