Une sorte de journal — 02 août 2015

Onglets principaux

Aller aux mirabelles et ne pas entrer au verger : les batailles font de lui une friche où l'on ne distingue plus rien après la poussée longue des herbes devenues hautes comme ça et arrogantes tout autant ; ailleurs une simple branche plantée en terre est montée à point tel qu'elle passe dessus le toit, plus personne n'y voit rien, c'est un rempart de feuilles folles ; je tourne autour d'insaisissables et sent comme jamais la solitude du monde où nous sommes enfoncés.

Cette sorte d'attente qui est du bleu des ciels lissés ; il y a donc un village plus haut perché et d'où l'on pourrait voir venir les jours qui franchissent le col là-bas tranché à même le rebord du plateau, on dirait une cicatrice mal refermée ; l'image revient souvent d'un bref croisement sous les verrières fissurée de partout ; nos peaux, ces parchemins.

Le long de l'eau sur une étroite bande de terre qui est ruban à peine jeté dans la futaie — des bateaux passent qui vont se perdre dans l'océan imaginaire, l'écluse plus loin les empêche d'aller au bout de leur lancée, ils tournent alors gouverne sans piper mot ; dans les buissons je sais les bêtes aux yeux jaunes verts comme charbon ; il y a une île mais elle n'est jamais là, les cartes n'en parlent pas, elle va où elle le veut, je la cherche en silence.

On cueille ce que l'on veut et c'est mêmes gestes et ronces qu'avant et puis avant et puis avant — sur le chemin ceux qui passaient sont bien toujours ceux qui passent là du pas lourd lent, les pérégrins, on voudrait tant rejoindre leurs pas pour s'y coller, pour oublier, là se trouver ; il y a toujours trois oies gardiennes, on ne peut s'égarer, elles sont attentives à chaque passage ; je sens déjà l'éloignement qui vient devant avec son visage de jours.

Ce serait des maisons construites totalement, et peintes, et équipées, qu'on laisserait ouvertes une fois terminées pour que s'y installent les années et puis le vent qu'on entend au-dehors dans les grands chênes froissant tout ce qu'il peut ; quand le jour s'arrête on se regarde dans les miroirs juqu'à ne plus se reconnaître, jusqu'à pouvoir être quelqu'un d'autre, celui ou celle qu'on attendait sans s'en douter vraiment, sans en savoir les traits ; je ne peux pas atteindre à ce mystère qui est le mystère de l'autre.

Jusqu'à quel grain de mots et quand suffisamment pour faire de ce patchwork quelque chose qui serait moi - je pense donc à Seurat mais c'est tout autre chose et puis cela suppose qu'on regarde ; c'est une grande plage que longent ceux qui courent, quand on les croise elles sentent le frais du goémon et quelque chose d'acidulé, ne distinguent pas les rouleaux loin, passent déjà dans la foulée et sa suivante ; le romarin tant gros et gras qu'on entendait son huile forte à plusieurs mètres, j'y suis resté un rien de temps, il tenait forteresse sur la muraille blanche adossée, rien à faire du vent, non plus de la tempête, une herbe posée là et taiseuse avec ça.

Je suis une colère blanche comme moi ; c'est ton éclair passant pendant que sur les quais je garde cet esquif où je m'amarre de rêves ; j'ai toujours cette fièvre qui de ma tête tient toutes les clefs, une tension d'éveillé.

Une vie seulement écho d'une vie, une vie faite de miettes ; ils posent leurs reflets dessus la table et leurs reflets se parlent mais eux restent silencieux dans leur confit d'étoiles ; le vent a allure de galop, il vient de la vallée et blesse qui s'y oppose, il repousse des maisons les murs les plus faibles pour qu'y entre le temps et son cortège de paroles.

Exactement les mêmes avec la lumière qui descend, un calme à n'y pas croire, il reste un peu de thé puis quatre macarons ; tantôt je longe les mots sur la masse qu'ils font et pioche dedans dans un hasard analphabète, chaque page que je tourne chuchote avec le fleuve, les voix comme des couteaux ne coupent jamais ; chaussées de bottes en caoutchouc elles grapillent des mûres nues.

Je m'éloigne sur le fleuve ; donner forme à l'informe, écrire, jeter beaucoup dans une brume sans nom ; je crois donc toujours à toutes les histoires et c'est grossière erreur, elles se truffent de légendes — celle-çi est la dernière, où l'on pensait que les choses peuvent se changer parce qu'on les voulait autrement ; il y a le goût de la mangue parfaitement suave et c'est un souvenir intact.

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