Comment je n'ai pas tué François Mitterrand #10

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Ce serait donc seulement cela finalement l'histoire, un tout petit homme renonçant à partir à l'assaut du président, heureusement — on imagine la chose, une démocratie mise à mal par un enfant d'une hache armé, on en rira longtemps, de l'idée même qu'évidemment il était impossible de mettre en oeuvre. Le reste suivra tout seul, deux septennats passant dessus les deux bonshommes, celui qui fendait bois et temps, et celui à la rose qui à la fin ne portait plus de cheveux du tout, on croisait à l'écran un vieux finalement avec sa part d'ombre et des malles pleines de mystères, ces étonnements, des affaires sombres, une astrologue, et des écoutes, une fille cachée mais qu'on saurait ensuite connue de tous, nous étions loin, ne savions rien, bêtes comme choux, la dernière fois qu'il parlerait, pendant qu'il évoquait les forces de l'esprit, semblait soudain parler déjà depuis un au-delà dont il voyait s'ouvrir les portes inexistantes béant sur un grand vide, on penserait aux chars jamais arrivés jusqu'à nous, à l'ignorant qu'on avait été là de la chose politique, qu'on demeurait toujours posé dans cet ailleurs de notre vie, on penserait à d'autres temps, au silence de dedans, à ceux qui avaient vu tomber cette pluie de pixels autour de la télé, la plupart maintenant partis dans un rien immobile et très blanc, on attendrait la toute fin de cette allocution, la toute dernière, on finirait par éteindre le poste, tout le monde à s'étirer, personne pour se souvenir, nos mémoires sont des trous, c'est la seule conclusion.

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