Une sorte de journal — 02 novembre 2015

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Jonchée, nos âmes ; nous nous parlons distants pour atteindre le point où nous ne parlons plus ; la meute de l’invisible contournait la vallée et jappait loin sur les sommets puis s'éloignait, nous laissant haletants ; une flamme faite de brouillards, une flamme.

Dans ton silence il n’y a personne que ton silence — j’oublie ces voix comme effacées elles momies, elles sable posé sur les branches hautes et puis ce vent qui vient qu'elles ne voient pas quand je le sens dans les arbres derrière courant de tout son pas de loup, ce qu'il retient de ce qu'il donnera ; momies, et sable.

Je brasse des images toutes invisibles, leur centre est fait de riens, tu ne sais même pas que tu es là dans l’oeil de l’ouragan ; après cette fenêtre un champ se déplie chaque jour dans sa parfaite présence et les passées qu’on voit si l’on plisse son oeil ; il n’y nulle distance que cette absence — lointain l'écho de combats incertains pris dans la masse du temps, des inclusions.

Ils remontent des abysses d'abord comme limbes et maintenant tous morts ; je ne comprends plus rien.

Ce marécage à mes genoux amant, l’hiver, avec ce qu’il tient de la lande brossée d’un vent droit tel la ligne d’un couteau ; tu égrènes tes contraires, tu poses dans la nuit blanche des mots que tu effaces quand l'aube surgit tout au bout du fossé ; là-bas cet homme à silhouette juste lisible c’est moi cherchant le champ où m’endormir.

J’enlève des mots et puis des mots et quand il n’en reste plus qu'un ma phrase est presque terminée ; tous ces roseaux de brume parmi lesquels je marche et qui crissent dans le froid, à croire qu'ils me retrouvent avec leur joie ; je ne sais où tu es pendant ces jours-là.

Ma nuit blanche et ses lunes plus blanches encore puisque leurs doigts sèment des monstres à chaque fenêtre close ; la meute, la meute — d'ici ce n'est même plus visage ; à cheminer de village en village, nous nous trouvions à chaque fois dans la même surprise, la chaleur d'un repas imaginé ; sais-tu encore que je suis là, dans l'amoncellement des herbes sèches, les lignes, les courbes, sais-tu encore ?

Taillis dont je sonde les yeux quand personne ne regarde, taillis, taillis, décontenancés ; il y a dedans ma poche ces billes, autant d'instants aux reflets de secrets ; tu ne me laisses qu'une silhouette dont je peux faire quand je le veux le tour complet, ceci qui m'appartient.

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