Une sorte de journal — 06 décembre 2015

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Feuilles lasses jonchées alanguies tant qu'elles en perdent tout sommeil ; de pluie les runes que l'on devine dessus les murs sages ; ce sont danses de merles et de rouge-gorges dans la ville incongrus, silencieux et vifs — des formes clandestines entre les rideaux des façades, notre légende encore.

Un grand brassin à même goût toujours ; je marche entre tes ombres — ce pouvait être toi, ta bouche de confiture et ce ventre de coing mais il n’en reste même pas la simple cueillette, une promenade dans les chemins promise, jamais venue ; à revenir dans ces paniers je ne trouve rien que des mots morts, un étourneau tombé de l'arbre et étourdi comme moi.

Je peux rester ici toute une éternité puisque je ne vois personne — il y a dessous ce tas de feuilles un antre et son gardien est rouge-gorge — une colère dure comme l'eau, une pierre — tu es poussière encore avec ton âme pliée toujours.

Il y a ces livres et rien, c'est la même chose, je ne trouve plus le premier mot — il faut attendre que du monde émerge le fil sur lequel tirer ; le paysage était blanc et noir seulement, je sais qui était là, qui n'était pas, les luges glissaient jusque là-bas à se heurter aux fils d'acier qui fermaient les deux prés, les poteaux étaient tordus gris et verts d'un lichen à joues de grave malade, une lèpre, une floraison restée dans son suspens, plus loin des corbeaux rabotaient leurs histoires rauques, j'ai cette image dedans les yeux depuis des siècles et je ne sais pourquoi, l'écrire c'est le chercher ; demain je vais reprendre une quête, il reste ça.

Exactement mêmes verres, même thermos, les serviettes en papier prises à même rouleau et le café en poudre, exactement, la scène sans bouger pourtant c'était ailleurs il y a longtemps, persistance du tout, les gestes, les manières de faire, les bruits aussi les mêmes, le temps recomposé serti ramené à une petite bille dure comme toujours où tout demeure encore, une nature morte, les voix des ouvriers ; après le long de cette route repenser à ces boucles enchevêtrées, des mains, des cheveux, aller encore dans un crépuscule infini, je n'ai pas terminé de te parler que tu n'es déjà même plus au près de moi ; dans le silence tombait toute la musique, j'ai roulé à jamais dans un brouillard de riens.

Arvo Pärt — Spiegel im Spiegel

Une sorte de journal, des mots, rien d'autre, et entre le monde toujours en échappée de ce qu'on ramène de lui, ailleurs, dans la brume qu'il dépose partout ; c'était il y a longtemps, je ne sais plus très bien, je ne sais même plus celui que j'étais là en refermant la porte, je sais seulement qu'il avait neigé toute la nuit dans une mesure sereine, j'avais pensé donc c'est maintenant et c'était ça, pas grand chose de plus — s'éteindre.

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