Plis entre plis #7

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Le reste c’est le reste, des années comme cela à décortiquer quelques centaines de pages et au passage scanner tout ce Triptyque sur ce qui semble maintenant d'antiques machines alors alignées dans cette sorte de pyramide assise sur sa pointe qu'on voit toujours en face de la prison, ceux qui passent devant reconnaîtront, le monde y était à l'envers et moi penché sur la vitre dessous laquelle progressait lentement une lumière toute droite, les mots venaient à l'écran bousculés, j'ai tout repris ainsi avant de faire une cartographie d'eux tous tels qu'ils se répondaient, cela vous faisait une sorte de pelote à s'en arracher les cheveux qui étaient longs alors, je ne savais plus où j'en étais, c'était un temps-machine, un temps lent et buggé, je ne sais pas si c'est réellement mieux maintenant et je sens bien que malgré cette carte et tous ces discours savants construits dessus le texte dessous toujours s'enfuyait, dépassait tout, débordait tout alors qu'il fallait avancer, écrire, se préparer : d'autres ailleurs me proposèrent de venir expliquer là-bas ce que j'entrevoyais, c'est un souvenir terrible, je n'allais pas si facilement jusque Paris, il me reste quelques bribes du trajet beaucoup plus long qu'il l'est à cet instant, le temps nous rétrécit l'espace, il me reste de même mes égarements dans les transports, le visage du campus finalement qui avait ce numéro 8, le poids de ce que je savais vaguement de son histoire, cela vous écrasait, la salle encore minuscule perdue au fond du xième couloir, le groupe installé pour le séminaire, la lampe du rétroprojecteur qui claque en début d'exposé1 et rien pour la changer, mon trouble à expliquer ce qui doit être vu pour que ça parle, leur incompréhension, cette honte que j'avais, le repas par la suite durant lequel j'ai su que ce n'était pas réellement ma place ici, ailleurs, que ça ne le serait jamais — ce constat ferait poids dans la balance après que je verrais, des mois plus tard, tout cela s'enliser, ma vie et ces recherches, il reste de tout ça quelques centaines de pages reliées et posées là, les marges sont annotées encore, une membre du jury, une pressentie, s'était donnée beaucoup de peine et me disait, j'ai bien compris, qu'il fallait tout reprendre ou presque, ce serait la goutte d'eau, j'ai posé tout cela dans un coin de ma tête, cela y est toujours, j'y reviendrai un jour, j'y crois depuis maintenant presque vingt ans.

à suivre

Une première version de ce texte a été publiée
par l'Association des Lecteurs de Claude Simon
Merci à @cgenin pour l'invitation

 

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