Une sorte de journal — 02 mars 2016

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Un bloc sans paroles et tout est dit maintenant ; à relire tous mes livres, je n'ai plus souvenir d'aucun ; pendant que des bourrasques secouent le court genêt juste à l'orée soudain voilà qu'il devient un prunier — par là-bas d'où je viens son nom est un nom autre emmitouflé de loques, j'ai oublié aussi.

Rouge-gorge comme merle, bataille dans les branches, un invisible ; la nuit d'un bloc marcher dans les herbes mouillées, ne réveiller personne, sentir le feu de bois dans la maison d'en face ; j'attends donc le printemps et toi, quelqu'un viendra.

Présence notable d'un vide — je parle pour les vivants et puis les autres, mais tous les autres — des pas guère plus larges qu'une main.

Exactement le visage reconnu quand jamais vu pourtant ;  d'ici un nid qui tiendrait dans toute paume ; tu as parfum de jonquilles folles ; bourgeons, bourgeons, vous êtes dans la ruée.

Je boucle de l'intérieur dans la meute d'hier, une foison de printemps qui dévale déjà ; c'est poser les premières pierres d'une maison de vent ; le long du mur elles sont assises — il n'y a rien à dire de plus.

Toute ma littérature liée en quatre mots ; un pérégrin au long d'une plage vide et puis la route ensuite et ses pieds sales ; je tiens un temps assis dans un bol de faïence.

Elles vont, ne se retournent même pas — l'averse ; cette langue n'est pas ma langue ; dès l'aube le liseré, tout son partage de haies.

Il faudrait oublier ce que je ne peux pas, qui tient dans sa brassée ; cette silhouette longeant ce vide, je sais bien que c'est toi ; d'aube encore des mots, tous gardés à l'attache, c'était une promesse.

Les aubépines maintenant affolées — je pense à l'homme dedans tout enfermé qui écrivait le monde dehors et n'a laissé que ça, un livre et l'infini ; personne ne sait à quoi je pense, je suis ma forteresse ; quoi ce printemps, la bousculade ?

Alors le mort dans ses mots à venir qui ne viendront jamais ; de liens un compagnon ; ceux dans lesquels nous lisons tous où résistent nos corps — du moins ce qui nous reste ; sous la grêle et le vent cet incendie dont tu es seul centre ; vaque tranquille, nous gardons ton printemps.

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