Cinquante #2

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Personne sans doute et moi tout le premier pour miser un kopeck sur mes chances d'entrer un jour ici — il y avait eu les deux échecs avant, l'éloignement aussi entre les chemins pris toutes les années avant du côté des techniques, du scientifique, et celui-là maintenant emprunté, la langue, le verbe, le flou aussi qui est comme la seule forme où l'on puisse être précis je crois mais finalement voilà, après un été long comme jamais dans l'usine blanche en bas et octobre déjà pris en sa moitié quasi il est temps d'arriver sur l'île, elle l'est vraiment, une île, il faut passer le pont pour entrer en domaine, j'y vois une sorte de symbolique, pour moi au moins ça ressemblait à ça, un bateau ivre et moi enfin dessus, le bâtiment ne paie pas sa mine c'est bas et gris et triste un peu mais dans ce coin-là du pays ça l'est souvent, visage béton et grumeleux une peau usée je passe la porte et ne comprends mais rien, ce sont de longues files d'attente et des dossiers semblant sans fin d'empilements d'options et puis des jours plus tard de longues listes où il s'agit de retrouver son nom dedans des groupes constitués on ne sait comment avant d'aller errer dans les couloirs trouver la bonne salle la bonne porte c'était plus facile dans l'amphi ils étaient peu immenses juste à gauche passés les portes de verres avant il y avait ce sas une chicane permettant d'écouter qui enseignait de s'assurer que c'était là avant d'entrer sous des centaines de regards le mieux en conséquence était d'être toujours le premier de se poser au fond un réflexe de gangster ne jamais être proche de l'entrée avoir toujours le dos au mur savoir voisine une sortie de secours les premiers jours je ne parlerais à personne le doute d'être là à la bonne place, on ne perd pas si facilement ces habitudes, la méfiance de soi-même.

C'est même exactement, même bâtiment, mêmes couleurs, rien n'a changé vu du dehors (il faudrait y entrer pour voir) à part peut-être sur la droite ce rajout bas tout fait de vitres, on devine des bureaux venus après raccrochés là parce qu'il restait la place pour sur l'herbe encore, le reste pourrait tout aussi bien sortir de mes archives et un virage à 360 degrés rend même verdict, je ne vois rien changé ou presque (au dos l'ensemble en plein travaux que je sais vide maintenant, l'école d'ingénieurs que j'aurais dû intégrer si tout avait été est partie loin dans la banlieue et on démonte l'ancienne, je ne sais ce qui sera ensuite, on verra bien ; et puis il y a aussi le droit qui est venu s'installer sur la gauche et cet amphithéâtre comme une soucoupe en plein milieu, je ne sais plus s'il était là  — les arbres entre les routes qui font le tour du campus eux sont les mêmes, je le sais bien, on se posait dessous avec les premières chaleurs et quand je dis ce "on" je me demande qui est devenu quoi). 

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