Révisions pour « Vallée »

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sam, 12/12/2015 - 20:44 par dbourrion
Ceci est la révision publiée.
dim, 11/04/2012 - 09:10 par dbourrion
dim, 11/04/2012 - 07:21 par dbourrion
sam, 11/03/2012 - 21:26 par dbourrion
sam, 11/03/2012 - 21:24 par dbourrion
sam, 11/03/2012 - 21:22 par dbourrion

(...) des morts qu'on retrouvait dessous les granges à sécher tous pendus comme des oignons sans terre et qu'il fallait décrocher dans les cris hurlements évanouissements des femmes venant de les découvrir la langue bleue énorme la face pour une fois rubiconde sans vin derrière pour en expliquer les rougeurs les bras les jambes incroyablement longs à croire qu'ils s'allongeaient après le dernier souffle cette impression ne durant jamais longtemps les gars posés sur le sol après qu'on eut coupé la corde rapetissant aussitôt jusqu'à reprendre taille humaine au milieu du cercle que faisaient ceux déboulés alertés par les hurlements et préférant ne pas aider à la manoeuvre de crainte d'attraper le mauvais oeil à toucher le pendu qui n'en était qu'un de plus dans la cohorte qu'ils finissaient par faire depuis le temps que l'on trouvait dans la vallée des cordes et puis des poutres et des raisons de s'y accrocher pour mieux y voir et d'un peu plus haut que rien ne changeait à part peut-être les saisons et encore, elles tournaient en rond.

(...) et encore, elles tournaient en rond en s'entassant les unes sur les autres comme nos os dans le cimetière là-bas qui était comme la première pierre du village la première borne du ban la première chose que l'on voyait en arrivant après avoir marché des heures durant entre les haies qui étaient des forêts dont la légende voulait que nous fussions tous sortis issus nés un jour jadis longtemps longtemps avant que le temps ne commence sa marche hésitante ne commence à nous piétiner avec ses grands pieds bêtes et blancs et noirs de la crasse qu'ils ramassaient en nous broyant et qui était aussi un peu de nous de notre sang de nos chairs devenues noires à mesure que nous devenions vieux puis morts puis plus rien que des vagues souvenirs que les survivants se passaient comme on se passe une chose inutile jusqu'à ce que enfin quelqu'un oublie vienne à nous oublier nous laisse retomber dans le grand rien sur lequel le temps et ses pieds marchaient sans plus de cérémonie que cela...

(...) sur lequel le temps et ses pieds marchaient sans plus de cérémonie que cela mais en faisant un grand bruit sourd qu'on entendait quand on posait la tête sur la terre froide dure terrible qui était notre terre et dans laquelle on savait bien qu'on terminerait alignés à la parade silencieux un temps au moins, un grand bruit qui nous remuait les tripes et vibrait dans nos oreilles quand on se relevait blêmes transis de l'avoir entendu alors qu'on avait pensé quand les autres en avaient parlé que ce n'était qu'une des légendes qui couraient entre les maisons et les feux du soir et les siècles des siècles qui couraient entre nous qu'on tirait des grands paniers de nos mémoires et de celles de ceux d'avant qui les avaient emplis, ces paniers imaginaires, de ce qu'ils avaient reçu en héritage et de ce qu'ils avaient ajoutés inventés comme nous le ferions à notre tour histoire d'en alourdir encore la panse d'osier craquante sous le poids que tout ça faisait nos histoires leurs histoires ce grand bruit des pieds noirs du temps qui ensuite nous réveillerait la nuit...

(...) ce grand bruit des pieds noirs du temps qui ensuite nous réveillerait la nuit nous secouerait à l'épaule violemment nous ferait nous dresser droits comme cierges dans nos lits détrempés d'une sueur âcre mauvaise vineuse tendre l'oreille des heures durant de plus en plus frissonnants terrorisés n'entendant finalement plus rien que les chiens dehors hurlant sans trop savoir pourquoi et les craquements des arbres que le gel tenait maintenant à la gorge et serrait sans plus vouloir lâcher son emprise et nos dents une chamade battant et les ronflements de toute la famille traversant les murs et les pièces et leurs ombres mouvantes et les rues même parfois jusqu'à ce que l'aube grise mercure vienne gratter aux portes et laver les rues de toute trace de la nuit et que l'on se retrouve au matin épuisés d'avoir veillé comme on veille le mort qu'on sera sans doute bien plus tôt qu'on ne le voudrait, épuisé d'avoir attendu d'entendre les roues de la charrette qui disait-on passe ramasser les âmes et nous laisse morts dans nos lits sales nos lits de moins que rien...

(...) nos lits de moins que rien nos lits que nous traînons de maison en maison comme nous allons ici ou là nous marier offrir nos mains nos bras notre travail nos culs ventres nos bouches pour finir ici ou là entre quatre murs qui pourraient tout autant être quatre autres murs voire pas de murs du tout pour ce que cela nous fera d’être ici ou là quand il s’agira de crever à peine mieux que ne le faisaient nos chiens quand nous les retrouvions le ventre ouvert par quelque coup de sabot d’une vache une mauvaise dont nous avions appris à nous méfier mais pas eux pas les chiens...

(...) mais pas eux pas les chiens dont on aurait pu croire qu’ils finiraient par comprendre qu’ils n’étaient que tolérés ici ainsi que nous mais non les bêtes ne saisissaient pas cela et nous les portions éclatés fruits trop mûrs sur le fumier où ils finissaient de se vider geindre haleter et puis passaient gelaient et devenaient ces choses raides et dures pierres avec lesquelles les enfants s’amusaient sans hésiter sans résister à ces jouets dont on aurait dit qu’ils étaient des poupées mais pas de celles que personne ici n’avait jamais vu dans une vitrine pas de celles-là plutôt des nôtres faites de chiffons de ficelles sales que nous ramassions un peu partout et que nous assemblions pour en faire de quoi oublier un peu ce que nous étions....

(...) un peu ce que nous étions sur ce ban dont nous ne sortions pas ne voulions pas sortir ne pouvions pas et qui était à lui seul l’univers tout entier ramené à quelques hectares de bois vignes terres tassées sur lesquelles nous et les générations passées nous entassions et pourrissions devenions humus et mousses qui composeraient la suite de l’univers en un empilement qui finissait par s’écraser lui-même sous le propre poids de son vide que nos vies ne parvenaient pas à emplir suffisamment pour que cesse cette machine-là...

 

(...) pour que cesse cette machine-là quand sur le seuil de nos maisons nous passions la journée à regarder passer la journée et les vaches partant au pré rentrant du pré et ainsi tous les jours sitôt qu’on pouvait les sortir sans risque qu’elles crèvent de froid de faim dans leurs pâtures où les suivaient les enfants dès qu’ils le pouvaient savaient marcher taper de toutes leurs maigres forces avec les bâtons qu’on leur tirait des fourrés fouets sur les culs larges et durs qui nous lâchaient au nez leurs bouses dont on entendait le bruit qu’elles faisaient en s’écrasant au sol jusque dans les cuisines où l’on attendait près du feu on ne savait quoi...

(...) dans les cuisines où l’on attendait près du feu on ne savait quoi qui ne serait pas cette ombre claire puis de plus en plus opaque à mesure du jour qui s'immisçait partout coulait entre les arbres entre les murs entre nos bras nos jambes atteignait nos épaules puis nos bouches presque exactement comme l’eau (celle-là s’arrêtait moins haut) qui montait du ruisseau chaque hiver et avalait les prés et les champs de ses dents grises folles de cette bouche toujours plus large dans laquelle disparaissait presque tout le paysage presque tout au point qu’au plus fort de la crue toutes les maisons semblaient suspendues posées sur un ciel de même couleur que celui d’en haut et que nous marchions là-dedans jusqu’aux haut de nos ventres mangés de toute cette eau...

(...) une chose glauque et immobile et tant vaseuse qu’on devinait à peine sous la surface des animaux qui glissaient mollement et n’attendaient qu’une occasion de surgir à la surface pour y faire de ces bonds à l’issue desquels ayant gobé la mouche qui passait ils pouvaient disparaître à nouveau dans l’incognito de leurs tréfonds sales et obscurs (j’ai souvenir d'avoir passé des heures accroupi au bord de la trouée crasseuse qu’était la mare à attendre ce moment où apparaissait un bref instant ce qu’elle cachait en son ventre qu’on savait lourd sous ce rideau de minuscules lentilles vertes)...

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