Révisions pour « Murs »

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sam, 12/12/2015 - 20:43 par dbourrion
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dim, 03/17/2013 - 17:40 par dbourrion
sam, 03/09/2013 - 10:40 par dbourrion
sam, 03/09/2013 - 09:50 par dbourrion
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ven, 03/08/2013 - 17:18 par dbourrion
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ven, 03/08/2013 - 16:55 par dbourrion
ven, 03/08/2013 - 16:53 par dbourrion

(...) jusqu'à ce que le père excédé qui s'était tenu jusque là droit et digne auprès de sa femme décide dans un sursaut que ça suffisait et qu'il faudrait bien qu'on en finisse que la chose morte qu'était devenue sa fille sorte de cette maison aille pourrir ailleurs se détache d'eux les laisse vivre ce qui n'arriverait pas malgré tous leurs efforts ce qui fait que des années et des décennies après ils (les parents) en parleraient encore en toute occasion à croire qu'elle n'était pas morte et qu'elle allait à un moment ou à un autre descendre l'escalier confirmant que les craquements qu'on entendait à l'étage c'était bien elle qui marchait dans sa chambre et pas le bois les madriers du plancher qui gémissaient à mesure des changements de température de saisons d'heures de la journée et donc lui avec son béret à la main semblant soudain entrer dans une de ces colères sans bornes qu'on lui connaissait tendant le bras d'abord timidement puis plus franchement et posant sa main sur le bois à peu près là où devait se trouver de l'autre côté de la planche la tête sans vie de celle qui avait été sa fille commençant à pousser aussi naturellement que s'il s'était agi de dégager un tracteur de la boue commençant à pousser de plus en plus fort à s'arc-bouter les porteurs ne comprenant d'abord pas ce qui se passait puis en prenant la mesure n'osant pas protester n'étant pas chez eux n'étant pas le père de la morte étant sans doute aussi un peu soulagés que quelque chose se passe qui pourrait les sortir du ridicule de la situation le père ne cessant pas sa poussée semblant avoir perdu toute retenue maintenant posant son couvre-chef sur la boîte le calant sur la croix d'argent là comme prévue pour libérant ainsi sa seconde main être plus à l'aise avoir plus de forces poussant de plus en plus les porteurs se disant que c'était le moment les cinq hommes donc d'un coup se mettant à l'unisson et forçant sur les poignées tirant poussant jusqu'à ce qu'un grognement une sorte de déchirement vibrant de toute la caisse annonce qu'on progressait que le cercueil allait passer et d'un seul coup passant l'obstacle de la porte en gémissant les hommes presque perdant leur équilibre sous la surprise trébuchant l'ensemble la morte les quatre porteurs le père déboulant au-dehors le tout s'arrêtant heureusement au moment où le bas de la boîte vînt heurter le garde-fou en fer forgé qui longeait l'espèce de terrasse devant toute la façade couchée...

(...) qui avait fini par ne plus rien laisser derrière que des empilements branlants de pierres marquant encore mais à peine les lieux des maisons des fermes tout le village ressemblant maintenant à un tas de gravats immense qui aurait été laissé derrière par quelque géant ayant entamé puis abandonné sur un coup de tête des travaux dont on ne parvenait pas à comprendre ce qu'ils devaient être la route là-dedans dans ce maelström cheminant où elle pouvait suivant ce qui avait été son lit mais par endroits contrainte de contourner un effondrement s'enfonçant dans les décombres s'y perdant presque retrouvant par le biais d'une ouverture qui avait été sans doute une porte le chemin vers son propre chemin revenant à son tracé normal celui qu'on pourrait reconnaître des années après comme étant presque exactement celui du présent à croire que rien finalement n'avait changé ou presque que rien ne pouvait faire sortir la voie de son lit qu'elle était une sorte de fleuve revenant malgré ses débordements ses crues dans ce qui était le point exact où toutes les forces l'amenaient le village pouvant alors être vu avec ses maisons tel un chapelet d'îles d'îlots qui bougeaient à mesure du temps des constructions des démolitions celle-là cette fois relevant d'un massacre d'un nivellement obtenu à force de métal balancé depuis des altitudes où personne du village n'était jamais monté sur ce qui de là-haut devait ressembler à une carte d'état-major et à rien d'autre quelques carrés indiquant les maisons d'autres les champs au milieu une église la place et puis pas grand chose de plus et maintenant plus rien...

...qui n'apparaissaient n'émergeaient que lentement de l'obscurité à la faveur grâce à la lumière entrant maintenant par la porte n'acceptant de s'ouvrir que si l'on pensait à l'accompagner du pied elle (la porte) ayant fini légèrement défaussée par inscrire graver dans le dallage rouge gris du sol une sorte d'arc de cercle gris blanc que chaque ouverture approfondissait un peu plus l'odeur ensuite celle du salpêtre arrivant juste derrière tombant des murs... 

... sorte de poussière odorante comme du pollen le même ou presque qu'on regardait verser des pistils des fleurs mourantes sur les tombes autour de la chapelle ;

... sorte de poudre de perlimpinpin que les anges auraient laissé tomber derrière en fuyant au moment de l'ouverture de la porte ;

... mais d'anges il n'y avait pas ou bien collés dessinés sur les murs ou bien immobiles statufiés derrière la vierge tenant son fils à sa descente de croix elle on aurait pensé assise à genoux peut-être lui affalé en travers d'elle mort déjà tellement qu'on voyait bien qu'il n'y avait plus rien à faire les anges donc derrière armés montant la garde regardant entrer l'importun qui venait forçant la porte de lâcher dans le silence un son crissant strident celui du fer rayant le dallage qui n'en finissait pas de rebondir sur les murs emplissant l'espace haut et étroit d'un écho qu'on laissait s'éteindre avant de s'avancer...

(...) entourant l'homme mort l'homme mort mais pas encore mais vraiment même si tout le monde savait que ce n'était plus qu'une question de jours d'heures maintenant les voisins venant frapper doucement frapper aux carreaux de la cuisine doucement comme si ce bruit ce heurtement celui de leur doigt replié heurtant la vitre l'effleurant avait été en mesure risque de déranger le moribond là-haut étendu sur son lit comme une momie avec son visage dont toute la chair avait disparu avait été avalée par quelque ogre dedans caché quelque sangsue infatigable les visiteurs entrant sur la pointe des pieds certains n'entrant même pas restant figés sur le pas de la porte à dévisager l'inconnu son profil dont le tranchant leur coupait les yeux les marquait à jamais imprimait en eux cette sorte de souvenirs qui sont des fers rouges...

... le drap la poitrine dessous ne se soulevant plus que mécaniquement et c'était bien de cela qu'on parlait sous les arbres autour des zincs et des cafés de la machine apportée l'avant-veille posée dans un coin de la chambre et qui était dans le village un tel miracle technologique qu'on se demandait quand même si les visites n'avaient pas en fait pour but d'examiner la chose pas celle mourante ce n'était pas la première que l'on voyait mais l'autre la rutilante la clignotante à qui l'on avait délégué le souffle de l'homme mort ou presque mais pas encore...

(...) ces profils finissant par constituer une galerie dans laquelle alignés on ressassait les mourants et les morts comme si cela avait été une sorte de catalogue qu'on pouvait parcourir pendant les insomnies prenant de plus en plus de place sur la nuit y creusant des tunnels dont on sortait exsangues à fleur de nerfs de peau épuisés d'avoir bataillé contre ces hordes rôdant autour du lit s'approchant juste assez pour ne pas laisser place au sommeil mais assez loin restant pour qu'on ne puisse pas les saisir à la gorge le dehors le monde se manifestant par moments par les hululements d'une chouette posée dans quelque arbre tout proche ponctuant les sonneries du clocher au lointain de ses propres scansions et puis autour des craquements dont on pensait parfois qu'ils étaient ceux que faisaient d'autres morts autour de la maison errants jusqu'à ce que debout à la fenêtre on voit par les fentes des volets que ce n'était là qu'un animal égaré cherchant de quoi manger dans les recoins de l'ombre...

... les bougies laissant à voir quand même les visages fermés guerriers des anges...

... du haut desquels on sautait pour prouver son courage la chute se terminant immanquablement sur les genoux les mains le gravier y tatouant alors les marques qui attesteraient de ce qu'on avait osé braver le vide...

(...) derrière les maisons faisant un damier de minuscules enclaves protégées par les pierres sèches entassées vaille que vaille par ceux d'avant ceux d'avant demeurant pourtant d'aplomb à croire que ce qui en maintenait l'équilibre la cohérence c'était le temps son limon qui avait fini par s'immiscer dans les espaces vides les joints jusqu'à souder le tout en une masse compacte par-dessus laquelle on se regardait naître et puis vivre et mourir ces mitoyens s'arrêtant par tradition à peine au-dessus du mi-corps dans la lumière des premiers jours de printemps le spectacle de ces troncs bougeant dans tout le hameau ayant quelque chose d'un peu surprenant même si personne n'avait vraiment le loisir de s'occuper de ça de regarder ailleurs autre chose que la terre qu'on ouvrait scarifiait maintenant en urgence avant qu'elle ne revienne à son état immobile et secret...

... de longs couloirs où l'on se perdait perdrait systématiquement en passant devant les portes ouvertes où l'on voyait toujours la même chose la chose qu'on deviendrait un jour où l'autre mais quand ...

... comme si à un moment il n'y avait plus eu d'autres matériaux disponibles sur toute la planète que ces planches ayant l'apparence de la peau d'éléphant ou du moins de ce qu'on s'imaginait être ce genre de peau et qui maintenant usées se disjoignant tordant laissaient passer les regards permettaient qu'on explore les intérieurs sans avoir à pousser les portes tellement dégondées qu'elles vous restaient dans la main ou tombaient d'un coup et seules lorsque le vent venait y frapper visiteur...

(...) à quatre constituant la cage où l'on finissait toujours par revenir se frapper la tête contre le monde se réduisant aux deux minuscules ouvertures ménagées l'une trop haut pour qu'on puisse l'atteindre l'autre fermée d'un volet qui ne s'ouvrait jamais...

... l'exercice suivant mais plus facile que le passage forcé dans le couloir étant ensuite de passer la boîte au-dessus de la rambarde ne posant pas de réels problèmes si l'on écarte évidemment les fleurs plantées au pied du muret constituant le socle de la terrasse que les deux porteurs venus se positionner là pour recevoir le cercueil puis les deux autres les rejoignant après s'être assurés que tout était calé le père derrière assurant la sécurité de l'ensemble vacillant piétinées allégrement par les quatre paires de souliers dont on voyait qu'ils ne sortaient de leur boîte à chaussures qu'aux grandes occasions celle-là en étant une la mère le passage délicat ayant été négocié ne pouvant s'empêcher de jeter un regard désespéré sur ses platebandes maintenant complètement écrasées ravagées ce saccage semblant soudain la goutte d'eau de trop ses bras se mettant à trembler puis ses jambes puis elle toute s'effondrant d'une seule pièce une poupée de chiffons...

... le clocher décapité émergeant de cet océan de pierres brûlées tel un phare absurde ayant constitué visible de loin le point de mire idéal pour les hommes aux phrases incompréhensibles aux langues qu'on ne saurait jamais effectuant d'en haut ou de là-bas les réglages nécessaires à leur visée avec la précision sans questions seule permettant sans doute d'aller au bout de ses calculs...

(...) jusqu'à ce que nous soyons emplis et que le monde dedans reflue et que nous sortant en nous cognant aux tables allions vomir nous vomir sortant de nous tout ce que nous pouvions appuyés contre le crépi gris de la cour semi-enclose qui sur le côté servait aussi de piste de quilles avait servi de ça puis le café ayant fermé comme tous les autres ne servant plus à rien le dispositif en bois destiné à ramener vers les joueurs les lourdes boules finissant par verdir puis se fondre dans un gris sans teinte puis pourrir puis s'effondrer un matin sans que rien n'ait prévenu que cela arriverait ce jour-là cet instant-là...

... et lui dans sa masure passant ses journées à on ne comprenait pas quoi on ne devinait pas quoi derrière ses fenêtres que les toiles d'araignées avaient rendues opaques l'histoire s'arrêtant quand un matin on le trouva comme ça dessus cette paillasse qui lui servait de lit mort comme ce n'était pas permis...

... les lieux maintenant méconnaissables les arbustes au-dessus desquels on sautait devenus presque aussi hauts que les bâtisses autour les murs effondrés relevés réajustés réalignés et le long desquels passaient les convois mortuaires maintenant motorisés faisant pourtant le même chemin...

(...) plongeant le parc vers le fleuve là-bas qu'on ne voyait que des étages disparaissant derrière l'enceinte à mesure qu'on s'approchait restant à la fin juste de l'autre côté des pierres chauffées par le soleil brûlant nos oreilles posées contre la rumeur le mâchonnement de l'eau passant au travers l'eau peut-être elle-même non pas tant aux crues régulières que là pour nous désaltérer un peu avant que nous retournions errer sous les arbres sans plus savoir qui et quand où nous étions à force de médicaments d'attente de rien...

... découvrant un jour entre les planches leurs indiscrétions l'ombre animale d'une auto sortie tout droit des temps d'avant oubliée là massive silencieuse de tout son métal sa tôle noire quasiment avalée maintenant par les draps gris de la poussière qu'on voyait flottant encore lorsque le soleil s'immisçant découpant le monde en tranches allumant chaque grain osait entrer nous disait de faire de même et lui on entre et moi je ne sais pas et lui je crois que personne ne peut nous voir et moi de toute façon il ne passe jamais personne la porte fermée par une chaîne ne résistant pas vraiment...

... tellement haut que ça en devenait impossible et pourtant c'était là dans une ville avalant toutes les autres avec ses passés parfaitement visibles au milieu du présent comme des sortes de voiles soudain des cintres tombés...

(...) artificiellement vieillis ou peut-être pas peut-être s'agissait-il vraiment des mêmes exactement que ceux d'avant et ceux encore d'avant eux voyant venant ici boire jusqu'à plus soif et tomber au pied du bar et finir là tels des chiures de mouches que le serveur ne parvenait pas à balayer des ouvriers descendus du Nord et restant là maintenant oubliés des leurs aussi bien que s'ils étaient morts dans quelque bataille dont personne ne revenait servis par le même serveur avec la même manière de se tenir de marcher entre tables affublé de son plateau pesant plus que celui qui le portait sans sembler y faire le moindre effort le même visage qu'avant le siècle avant et l'autre d'avant apportant de fait la preuve qu'il y avait comme des masques passant au travers du temps et repris par de nouveaux hommes ne faisant qu'enfiler une apparence qu'ils abandonneraient à leur mort ainsi qu'on laisse son manteau au vestiaire...

... machinalement effectuant les gestes parfaitement calibrés qu'il fallait faire au moment très exact où il le fallait et derrière lui le chef d'équipe une sorte de garde chiourme gueulant et lui devant sans ralentir sans un geste posé à côté se retournant et crachant sur le sol pendant que sur les murs carrelés jusqu'en haut dégoulinait l'eau condensée et tiède qu'on aurait dit une transpiration de tout le bâtiment...

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