Révisions pour « Plis entre plis »

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lun, 02/01/2016 - 20:56 par dbourrion
Ceci est la révision publiée.
sam, 01/30/2016 - 21:29 par dbourrion
sam, 01/30/2016 - 21:23 par dbourrion
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sam, 01/30/2016 - 17:26 par dbourrion
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sam, 01/30/2016 - 10:36 par dbourrion
sam, 01/30/2016 - 10:33 par dbourrion

Je me souviens avant du jour de la soutenance, des deux de l’autre côté du bureau gris dans cette pièce étique en s'étirant on en touchait les bords, les murs blancs sombres à revêtement de granules, cela grattait les doigts, les blessait presque aussi, on aurait dit une peau plissée et puis très vieille, vraiment vraiment très vieille, sur la porte marron dans l'enfilade des bureaux il y avait je crois une carte de visite comme un papillon là disant les noms et les horaires, la permanence, on patientait dehors, c'était derrière une sorte d'antre et le savoir et ce jour-là un stress, les professeurs assis dos pleine fenêtre, j'ai image de ça, d'un bref moment d'éblouissement, cette lumière blanche grise qu'on a de par là-bas, les deux donc souriants, celui de droite mon directeur, son nom d'identiques initiales par trois enfilées perles, sa tête auréolée de cheveux blancs, sa tête coiffée d'une casquette-oreillettes quand il arrivait à vélo dedans l'hiver, ce vélo noir sur le trottoir garé, sa tête de bonhomie, sa tête de bienveillance, vraiment, la tête exactement qu’il me fallait pour y aller, oser, moi le fils de routier, oser continuer après cette licence dont je n'avais jamais pensé même l'atteindre, j'étais tombé tellement avant, les deux dos pleine fenêtre, à gauche ce linguiste, je n'en sais plus le nom, le prénom encore moins, je n'ai plus que l'image et elle s'efface aussi entre les murs si proches, c'est une image de sable, je distingue ses lunettes, cet air ébouriffé qu'il portait tout le temps avec cette sacoche qui date ces années, une banane je crois qu'on portait donc alors dans une sorte de mode, la mode des kangourous, il n'avait presque rien dit, posé aucune question quand leur tour était venu après tout mon laïus, ces phrases que l'on jette pour se convaincre un temps qu'on sait de quoi on parle alors que l'on invente, c'était je ne sais plus, mon mémoire de maîtrise, ou bien le D.E.A. qui est venu ensuite, tout a même saveur dans la distance du temps, il n'avait pas parlé ou j'ai tout égaré, ma tête est un maëlstrom, une lande rase de vent, ce dont je me souviens, c'est la phrase essentielle, Vous devriez lire Claude Simon — je ne savais pas alors de qui il me parlait pourtant j'avais noté et la gentille épreuve une fois déroulée, le rougissement passé, une nuit aussi peut-être, j’avais traversé le campus qui est une île, au vrai, dans cette ville où je ne suis maintenant plus, j’étais entré dedans la bibliothèque.

à suivre

Une première version de ce texte a été publiée
par l'Association des Lecteurs de Claude Simon
Merci à @cgenin pour l'invitation

illustration : Grey Newton — Taran Rampersad

Tout était à l'étage et lieu sans nul visage, une aire dont je peine même à dire les frontières, les murs et les espaces, elle est maintenant mélange de toutes celles que j'ai vues depuis, elle a été pourtant la toute première du genre pour moi, j'ai visions de rayons montant jusqu'aussi haut qu'ils le pouvaient, ça vous mangeait tout l'air, de même toute lumière, on était là-dedans piégé, un rat roi en son labyrinthe, je n'ai jamais aimé cette sensation, je n'ai jamais aimé cette odeur de papier qu'on malmène de plusieurs à travers les années, ces pages annotées par d'aucuns, ces coins qui ont tellement soufferts d'être cornés avant d'être décornés qu'on voudrait les couper, il fallait pourtant passer là, chercher dans les rayons bleu sale gris blanc — un de ces gris mercure qui signe le silence — le livre qu'il fallait, comprendre d'abord quelque chose aux chiffres qui guidaient mais vraiment plus souvent ne faisaient que vous perdre, quelle idée tout de même que de chiffrer des lettres, parfois il n'y avait rien que le vide d'un mur ou un rayon soudain cessant sans crier gare, parfois aussi le livre était en magasin, devenait une sorte de relique protégée des manants, je revois le guichet et les servants derrière, les billets gribouillés qu'il fallait leur passer, leur regard toujours parce qu'il manquait une lettre, je rougissais souvent, et puis une longue attente, on les voyait entrer dans le ventre sombre d'enfilades lointaines pour y trouver nos mots, revenir, les poser sur l'étagère ad hoc pour que nous puissions voir qu'ils étaient revenus victorieux des Enfers, et pour que nous sachions qu'il valait bien d'attendre (si je me souviens bien, la remise du précieux se faisait à heure fixe, le quart d'heure peut-être, ou peut-être que j'invente), et donc nous y voilà, je trouve ce Claude Simon dont parlait le linguiste, le hasard a choisi, ou était-ce le titre que m'avait soufflé vite le prof échevelé, cela importe peu, j'ouvre donc le livre là, tout debout que je suis, et c'est la Route des Flandres, et voilà donc qu'arrive celui qui tient une lettre, mais il se peut aussi qu'en fait j'ouvre Triptyque, et que me vienne alors une carte postale criarde.

à suivre

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C'est donc le choc en pleine face d'une langue qui vous renverse, une vague vraiment même si l'image est mille fois déjà posée, usée comme une lettre portée longtemps sur soi et dont les bords, les plis, en deviennent pelucheux, fins comme cette peau qu'ont les très vieux — cette image de vieillards n'arrive pas sur un hasard, elle me remonte de Triptyque et de cette figure de vieille femme de noir vêtue qui traverse le texte je crois, des livres il ne me reste que des rochers à peine encore émergés sur la mer, j'ai pourtant le livre juste là, je ne vais pas l'ouvrir, disons qu'il y a cette vieille femme marchant pliée en deux entre les pages, elle est toutes les vieilles femmes et celles que j'avais vu dans la vallée d'où je me suis sorti, et celles que j'y revois encore quand je retourne là-bas, ces femmes usées qui ne voient plus du monde que son sol, ces ombres à foulard noué, ces sortes de mystères — le cavalier aussi des Flandres est resté là, je ne croise jamais un cavalier sur son cheval sans repenser à celui de la Route, avec les années pour regarder en mon arrière qui font un matelas pour que j'y tombe il me semble que c'est ça, plus que la phrase, qui m'a bousculé réellement : il montait dans la houle des personnages qu'on aurait dit gravés dans la chair même de l'éternité, voilà que je me fais des phrases, j'en oublie le jeune homme debout l'épaule contre le métal gris de son rayon et qui halète et qui se perd, où est donc l'histoire dans ce fatras, il ne comprend plus rien, il a les cheveux longs et une chemise rayée de bleu et un imperméable, il se dit que cela ressemble à ça un étudiant de Lettres, il souffle ferme le livre et passe les portillons qui sonnent pour les voleurs et va prendre le bus de l'autre côté du pont qui le laissera à cet arrêt en face d'un marchand d'armes qui avait nom même que celui des deux frères dans sa classe au collège et puis là déposé par le chauffeur bougon il marche encore au droit le long de la rue étirée vers l'autre village qui a rejoint la ville, il pleut maintenant avec paresse, le jeune homme va d'abord plus vite et puis au diable marchons doucement au bout de l'avenue après le carrosier au feu prendre sur la droite c'est là à ras de rue qu'il a studio de la cuisine derrière on voit le manège aux chevaux ce soir malgré l'averse on devine la robe grise d'un qui tourne doucement le long de la clôture — le cavalier vous dis-je, le cavalier.

à suivre

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J'y suis revenu évidemment : le peu que j'avais supporté lu au rempart du rayon m'avait suffit pour sentir le profond et ressentir peut-être qu'il y aurait quelque chose dont je pourrais faire mon miel même si pour tout vous dire je ne savais pas du tout comment relier cette langue-là, la rocaille qu'elle semait, tous ses pièges d'histoires, et mes histoires à moi qui étaient de mémoires, ce que j'appelais pompeusement recherches — quand j'y pense j'en ris, j'était surtout errant et furieux de parvenir à construire une logique sur ce tressaillement dedans, ces choses innommées et informes, ces sortes d'idées que les phrases tentent de faire tenir debout et qui ne sont, pour mes idées, que de vagues fumées — c'est cela qui illustrait cet article d'ailleurs que j'ai croisé à cette même époque dans ce CDI d'étrange forme posé comme ça au milieu de la cour du lycée où je faisais mon pion et qui, dans cette revue dont je sais qu'elle date juste d'avant la première guerre, la mondiale, celle du siècle d'avant, parlait donc des fractales (mais dans un numéro récent, qu'on se rassure) en se servant entre autres de l'image de la fumée d'une cigarette — dans les quelques pages glacées dont j'ai le souvenir intact comme j'ai celui du jour où j'ai tourné la page, un insecte dans l'ambre, j'ai découvert aussi les attracteurs étranges comme la dépendance sensitive aux conditions initiales et ces équations belles auxquelles je ne comprenais pas grand chose sinon qu'elles et tous ces concepts me faisaient un plein écho avec les lignes narratives de celui dont je découvrais la voix et plus tard le visage et ensuite chaque livres ou presque : happé j'ai décidé de m'attaquer à toutes les lignes de la longue liste qu'il y avait déjà en fin de livre sous le piège du même auteur, y retrouvant finalement mon souffle en m'accordant à celui de cet homme que j'inventais penché sur sa table avant de le découvrir mais plus tard écrivant près d'un acacia — un attracteur étrange, comment vraiment ne pas rester tout ébahi à tomber sur ces mots qui vous croisait la science et cette sorte de poésie ?

à suivre

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Je ne sais que dire finalement de ce temps-là, j'y vois cet autre qui était moi, je devine dedans lui des morceaux de celui que je suis maintenant et puis je vois que d'autres pièces, des éléments précis, ont disparu — pour les premiers ils ont pris le dessus, se sont comme déployés, j'en reviens toujours là, aux plis et aux déplis, à ce qu'on porte en nous qui émerge ou se fond et pour ce qui émerge, cela attire le reste, je retrouve là encore cette figure d'attracteur et puisqu'ils sont multiples, je sais bien leurs frontières, elles sont indécidables, nous sommes errants de nous, et c'est pareil encore pour tous mes souvenirs, d'aucuns se sont fondus avalés par le vide et d'autres surnagent toujours et je tourne tout autour et c'est cela pour moi qui se passe juste ici, une errance sans but dans un silence sans fin, quoi qu'il en soit pour l'heure, j'allais de l'une à l'autre, de la fac aux couloirs noirs et amphis où j'ai toujours été à la même place, celle des cancres, à la bibliothèque grise béton de l'autre côté du pont de l'autoroute qui coupe en deux l'île de son bruit permanent, incompréhensible, sous lequel on passait alors pour aller lire ou bien dormir pour ceux qui habitaient dans les cités universitaires égrenées le long de la rive, je ne faisais que ça, aller et puis venir, chercher, parcourir les milliers de fiches cartonnées empalées sur leur tige dorée et qui nous tenaient lieu de catalogue, de carte, de fil d'ariane, feuilleter des tomes lourds comme le diable emplis seulement de bibliographies sans nulle cesse et puis rêver et puis passer des heures assis à une table à lire et puis à lire et puis assez souvent à rester là vacant dans une hébétude lourde, à regarder dehors les nuages qui passaient — on ne se défait pas de ces habitudes-là.

à suivre

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source de l'illustration : wikimédia commons

 

Le reste c’est le reste, des années comme cela à décortiquer quelques centaines de pages et au passage scanner tout ce Triptyque sur ce qui semble maintenant d'antiques machines alors alignées dans cette sorte de pyramide assise sur sa pointe qu'on voit toujours en face de la prison, ceux qui passent devant reconnaîtront, le monde y était à l'envers et moi penché sur la vitre dessous laquelle progressait lentement une lumière toute droite, les mots venaient à l'écran bousculés, j'ai tout repris ainsi avant de faire une cartographie d'eux tous tels qu'ils se répondaient, cela vous faisait une sorte de pelote à s'en arracher les cheveux qui étaient longs alors, je ne savais plus où j'en étais, c'était un temps-machine, un temps lent et buggé, je ne sais pas si c'est réellement mieux maintenant et je sens bien que malgré cette carte et tous ces discours savants construits dessus le texte dessous toujours s'enfuyait, dépassait tout, débordait tout alors qu'il fallait avancer, écrire, se préparer : d'autres ailleurs me proposèrent de venir expliquer là-bas ce que j'entrevoyais, c'est un souvenir terrible, je n'allais pas si facilement jusque Paris, il me reste quelques bribes du trajet beaucoup plus long qu'il l'est à cet instant, le temps nous rétrécit l'espace, il me reste de même mes égarements dans les transports, le visage du campus finalement qui avait ce numéro 8, le poids de ce que je savais vaguement de son histoire, cela vous écrasait, la salle encore minuscule perdue au fond du xième couloir, le groupe installé pour le séminaire, la lampe du rétroprojecteur qui claque en début d'exposé1 et rien pour la changer, mon trouble à expliquer ce qui doit être vu pour que ça parle, leur incompréhension, cette honte que j'avais, le repas par la suite durant lequel j'ai su que ce n'était pas réellement ma place ici, ailleurs, que ça ne le serait jamais — ce constat ferait poids dans la balance après que je verrais, des mois plus tard, tout cela s'enliser, ma vie et ces recherches, il reste de tout ça quelques centaines de pages reliées et posées là, les marges sont annotées encore, une membre du jury, une pressentie, s'était donnée beaucoup de peine et me disait, j'ai bien compris, qu'il fallait tout reprendre ou presque, ce serait la goutte d'eau, j'ai posé tout cela dans un coin de ma tête, cela y est toujours, j'y reviendrai un jour, j'y crois depuis maintenant presque vingt ans.

à suivre

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C'est une sorte de fin, un lieu dans une boucle, j'ai sous les yeux posé un croquis de Simon, on voit de sa main même les strates dessous la Route, on voit les émergences, des affleurements miniers, c'est une carte en fait, et il y a cette autre, des trajets qui se croisent, les traits sont gras et gros, j'imagine un carnet de ceux des géomètres, une mine de crayon, des anneaux de métal, les coins sont fatigués, je superpose cela et ce que j'ai tenté avec mes fractales, leurs attracteurs étranges, cela fait grand écho même si tout seul je crois à cette sorte de structure que lui ne savait pas, qu'il a précipité dans ce texte et cet autre, quelque chose qu'on verrait relevant de l'ordre du monde, une certaine logique malgré le bruit encore, malgré ce balancement et jeter aux orties tout ce fatras de mots, je vois qu'il a passé tout le temps de sa vie à déplier cela, toujours la même histoire, passer et repasser, des animaux en cage, cette vaine agitation à remplir son vide en projetant dedans ce qu'on vient d'en tirer, je repense à avant, quand je lisais encore, c'est là la même histoire, encore et puis encore, et nous allons tous vides remplir le monde de vide, le déplier sans fin, pour finir pliés — et pendant que j'écris tout ce temps dépassé le long du chemin creux viennent des cavaliers dont je ne vois qu'à fleur les bustes les casaques, leurs chevaux sont dessous cachés par la terre grasse qui martèlent sans fin leur pas de bord du monde, un rien d'apocalypse qui n'a plus aucune hâte.

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source de l'illustration : wikimédia commons

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