Histoire - le ruisseau

(traversant toute la vallée en son point le plus bas, le plus sombre, lui faisant au ventre une sorte de cicatrice apparaissant là dans ce coin que les champs enfonçaient en plein dans la partie du bois où le sol était toujours marécageux brumeux comme méphitique

Histoire - le lendemain

Qui continua le lendemain, ce jour qui vint juste après celui où ces gens commencèrent à couler le long de la rue-route commencèrent et puis finirent d'y passer comme l'eau dans le ruisseau mais elle ne cessant jamais d'aller sale et grise et grasse derrière les maisons basses celles du côté du creux de la vallée ce ruisseau puant (...)

Histoire - les Gens

Qui commença le jour où l'on vit passer sur la route qui fait depuis toujours du village deux moitiés parfaitement égales des gens dont on ne savait pas d'où ils venaient (...) et qui ne s'arrêtaient pas et dont toute la vie semblait entassée dans tout ce qu'ils poussaient traînaient devant derrière eux en passant devant nos maisons devant lesquelles nous étions sortis toutes et tous leur faisant une sorte de haie d'honneur d'indifférence

Visages

On avait des visages d'emprunt qu'on emportait partout roulés et à plusieurs très fins dans ces sortes de cylindres prévus pour se glisser dans toutes les poches, au creux des vestes, au creux de mains.

Nuit noire - morts

Je suis entré dans la nuit noire dans la nuit plus que noire des morts dans leurs yeux grands ouverts je suis entré sans crainte j'ai vu ce qu'ils voyaient j'ai vu ce qu'ils verraient pour chaque bribe du temps celui encore lové dans le ventre infini de toute l'éternité

Nuit noire - brassées

La grande nuit noire des regrets dont on cueille des brassées qu'on laissera sécher dans les greniers où l'on ne va jamais de peur de s'y perdre pour toujours, la grande nuit noire des mots qui est celle de la langue qu'on finira par oublier après quoi on ne parlera plus qu'à gestes et puis à riens

Nuit noire - moi

La grande nuit celle de moi où un soleil de rocaille se lève chaque jour dans ses tâtons et titube à la mer pour s'y jeter et puis nager autant qu'il peut, la grande nuit noire qui est sans mains et sans chemins pour nous y laisser tous dormir