Nuit noire

Je suis entré dans la nuit noire du temps dans la nuit noire et grise du temps je suis entré dans ses chambres aux volets fermés que personne n'ouvre plus maintenant j'ai longé ses couloirs aux parquets longs de poussière molle gravi des jours entiers ses immenses escaliers qui s'enroulaient à m'en rendre malade

Cantique de la paranoïa (interne 2)

Scrutez vos paysages intérieurs méfiez-vous de vos non-dits de vos espoirs des souvenirs que vous portez tels des sacs de ciment de ce visage que vous pensez le vôtre de cette personne que vous pensez être vous et que vous côtoyez chaque jour depuis si longtemps que vous en arrivez à ne même plus la soupçonner — elle n'est peut-être qu'un mensonge de plus une pièce supplémentaire maîtresse dans

Os

(...) sur lesquels on marchait sans plus remarquer que ces petits rochers ronds étaient crânes, ces fagots os des jambes, ces harpes délicates des cages thoraciques dans lesquelles le vent en courant chantait à voix basse pour nous accompagner cependant que nous allions dans la lande entre des bosquets de buissons minuscules épineux et en diable nous accrochant au passage — ce pouvait être tout

Cantique de la paranoïa - lire

N'ouvrez pas les livres ne regardez pas les écrans fuyez les kiosques les journaux les étiquettes sur les emballages et les tickets de caisse les bulletins de salaire les tracts syndicaux les analyses de sang celles d'urine et tous les autres témoignages de ces plongées dedans le corps

Cantique de la paranoïa - des milliards

Méfiez-vous des étudiants enseignants agents de sécurité policiers pompiers serveurs de restaurant cuisiniers chauffeurs de bus de taxi de train vendeurs de journaux de vêtements de voitures de rien

Chevaux

" Derrière c'était les chevaux dont nous n'entendions que les sabots malaxant la terre fondue maintenant que le dégel était là, des chevaux dont le souffle terriblement humain nous rappelait des guerres dans lesquelles nous ne nous étions pas enfoncés

Sable

" Nous faisions ça, lever face océan nos petites digues de mots qui n'étaient que du sable et de l'eau et quelque chose que nous tirions de nous comme d'un puits sans fond mais qui n'avait nulle forme, quelque chose qui était aussi dans nos maisons aux yeux vides