Nuit noire - moi

La grande nuit celle de moi où un soleil de rocaille se lève chaque jour dans ses tâtons et titube à la mer pour s'y jeter et puis nager autant qu'il peut, la grande nuit noire qui est sans mains et sans chemins pour nous y laisser tous dormir

Nuit noire - livres

Et dans la grande nuit noire des livres je suis entré aussi dans cette ville vidée de tout je suis entré dans ces histoires de mille mots et dans ces torrents sans arrêts j'ai osé me baigner et ma mémoire était sans failles

Nuit noire - jardins

Je suis entré dans la nuit noire du temps dans la nuit noire et grise du temps je suis entré dans ses jardins dont plus personne ne prend soin j'ai marché dans ces allées faisant entre les arbres autant de dentelles sur lesquelles ne vaquent plus que des souvenirs des écureuils

Nuit noire

Je suis entré dans la nuit noire du temps dans la nuit noire et grise du temps je suis entré dans ses chambres aux volets fermés que personne n'ouvre plus maintenant j'ai longé ses couloirs aux parquets longs de poussière molle gravi des jours entiers ses immenses escaliers qui s'enroulaient à m'en rendre malade

Cantique de la paranoïa (interne 2)

Scrutez vos paysages intérieurs méfiez-vous de vos non-dits de vos espoirs des souvenirs que vous portez tels des sacs de ciment de ce visage que vous pensez le vôtre de cette personne que vous pensez être vous et que vous côtoyez chaque jour depuis si longtemps que vous en arrivez à ne même plus la soupçonner — elle n'est peut-être qu'un mensonge de plus une pièce supplémentaire maîtresse dans

Os

(...) sur lesquels on marchait sans plus remarquer que ces petits rochers ronds étaient crânes, ces fagots os des jambes, ces harpes délicates des cages thoraciques dans lesquelles le vent en courant chantait à voix basse pour nous accompagner cependant que nous allions dans la lande entre des bosquets de buissons minuscules épineux et en diable nous accrochant au passage — ce pouvait être tout

Cantique de la paranoïa - lire

N'ouvrez pas les livres ne regardez pas les écrans fuyez les kiosques les journaux les étiquettes sur les emballages et les tickets de caisse les bulletins de salaire les tracts syndicaux les analyses de sang celles d'urine et tous les autres témoignages de ces plongées dedans le corps